Accord Palamède de Forbin (1477)

Palamède de Forbin barre le Gapeau en amont et assèche le canal. Le bras de fer juridique qui suit se solde par une défaite d'Hyères, et prouve au passage que le Béal fonctionnait.

En-tête de la transaction du 10 avril 1477
En-tête de la transaction du 10 avril 1477. Archives Municipales d'Hyères, série DD18.

Enquête en cours : cette page évolue encore au fil des recherches en archives.

Sources et archives
Archives Municipales d'Hyères, Série DD N°18 (Transaction du 10 avril 1477).
Note : Le dossier d'archives contient deux copies manuscrites distinctes traduites du latin. Une première copie ancienne en extrait (non datée, mais l'analyse du papier vergé et du style d'écriture cursive française la situe au XVIIIe siècle), et une seconde copie complète, issue d'un enregistrement notarié daté du 22 mars 1718 à Aix. Aucune des deux n'est le parchemin original de 1477.

En 1458, Hyères avait lancé le grand chantier du Béal sous la direction de l'ingénieur Jean Natte (voir la convention de 1458). Vingt ans plus tard, la ville affronte un adversaire beaucoup plus puissant.

Palamède de Forbin est un juriste marseillais en pleine ascension. Le 16 septembre 1468, à Avignon, il achète la seigneurie et le château de Solliès pour 13 000 florins, une somme énorme payable en trois versements, et le roi René confirme la vente. Le vendeur est Jean de Beauvau, héritier de Louis de Beauvau, seigneur de Solliès, avec qui Hyères avait conclu l'accord de 1459 sur la prise d'eau. Après sa mort en 1462, ses successeurs peinent à tenir une seigneurie face à des habitants attachés à leurs libertés. Forbin devient ainsi le maître du cours amont du Gapeau, avant d'acquérir l'île de Porquerolles au sud en 1474. Un seul homme tient donc à la fois l'amont de la rivière et la rade.

Sa carrière ne s'arrête pas là. À la mort du roi René (1480), puis du comte Charles III (1481), Forbin prend le contrôle politique de la Provence. En décembre 1481, il installe son propre fils, Nicolas, à la capitainerie du château d'Hyères.

L'écluse en pierre de Solliès

Le conflit éclate dans les années 1470. La communauté d'Hyères reproche à Palamède de Forbin d'avoir bâti une écluse en pierre sur le Gapeau « au dessus de l'écluse par elle construite », de l'avoir surélevée d'un pied et d'avoir élargi le canal. Elle lui reproche de détourner une grande partie de l'eau pour arroser ses propres terres.

Détail manuscrit : mention du « magnifique et puissant Seigneur Mr Palamede de forbin »
Mention du « magnifique et puissant Seigneur Mr Palamede de forbin ». Archives Municipales d'Hyères, série DD18.
Détail manuscrit : extrait reprochant au Seigneur d'avoir surélevé l'écluse d'un pied
Extrait reprochant au Seigneur d'avoir surélevé l'écluse « d'un pied ». Archives Municipales d'Hyères, série DD18.

L'eau retenue en amont manque au Béal en aval. La ville porte l'affaire devant le Parlement du Roi à Aix et obtient des injonctions formelles contre le seigneur de Solliès. Forbin refuse de céder. Il invoque son droit de bâtir sur ses terres, et reproche à Hyères d'avoir déplacé sa propre écluse sans lui demander son avis.

La transaction du 10 avril 1477

Faute de moyens pour soutenir un procès contre un homme appelé à gouverner la province, la communauté de Hyères préfère négocier. Le 10 avril 1477, une transaction est signée dans la ville.

Détail manuscrit : Forbin indique que l'écluse lui servait à abreuver les animaux et troupeaux
Forbin indique que l'écluse « lui servoit a abreuver les animaux et les troupeaux qui paissoient dans ses terres ». Archives Municipales d'Hyères, série DD18.
  • L'eau reste au seigneur : Palamède de Forbin garde son barrage et le droit d'irriguer ses terres.
  • Hyères récupère les fonds de champs : la ville est autorisée à reprendre « l'eau qui coule des dits prés » par un fossé artificiel, et à la conduire au béal.
  • Le point de captage est légalisé : Hyères peut déplacer sa prise à volonté, mais elle doit rester « au dessous de l'écluse des prés dudit Seigneur vulgairement appellés les abrasserieres ». La seconde copie écrit « vulgairement dite la Brassenires ».
  • Une lourde indemnité : Hyères doit payer 100 florins d'or à Forbin.
Détail manuscrit : condamnation d'Hyères à payer la somme de cent florins
Condamnation d'Hyères à « payer dans un an la somme de cent florins ». Archives Municipales d'Hyères, série DD18.
  • Une clause de résiliation à dix ans : la communauté peut renoncer à l'accord dans ce délai en signifiant son intention au seigneur de Solliès ou à ses héritiers. La convention serait alors « comme non avenue, nulle et de nul effet ».

La portée de l'accord

Cette transaction règle le partage de l'eau du Gapeau pour les siècles suivants.

Elle montre aussi que le Béal de Jean Natte fonctionnait. Un canal sans eau n'aurait justifié ni le détournement reproché à Forbin, ni un procès devant le Parlement d'Aix. Les lettres patentes du roi René de 1463 le confirment de leur côté, en dispensant d'impôt Jean Natte pour avoir détourné le Gapeau, un ouvrage que le roi qualifie de « chose de si grant utilité & proffit » et « comme impossible à faire ».

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