La genèse du Béal (1427-1576)
De la demande d'Hyères, en 1427, de bâtir des moulins sur le Gapeau au rachat des moulins par la ville : la chronologie du canal, étape par étape.

Enquête en cours : cette chronologie évolue encore au fil des recherches en archives.
Un canal de neuf kilomètres ne naît pas d'un contrat. Il naît d'une famille bien placée, d'un ingénieur qu'on est allé chercher, d'un conseil de ville qui dit non, d'un roi qu'on va voir par-dessus le conseil, et d'un seigneur d'amont dont il faut l'accord.
Voici cette histoire, depuis le jour où Hyères demande au roi le droit de bâtir des moulins sur le Gapeau jusqu'à celui où la ville, un siècle plus tard, rachète le dernier tiers des moulins et devient seule maîtresse de l'ouvrage. Chaque étape reprend ses sources : certaines dates sortent directement des actes d'archives, d'autres des travaux d'un historien du XIXe siècle appuyé sur des pièces aujourd'hui disparues, et d'autres enfin sont des estimations.
Couleur des pucesActe primaireSource secondaireHypothèse
décision ou présence du roicontrat, convention, testamentgage, prêt, vente, impôtprocès, enquête, justicedélibération d'un conseileau, moulins, canauxconstruction, démolitionmer, galères, navigationguerre, révolteépidémiedécès
23 novembre 1427Hyères demande le droit de bâtir des moulins sur le Gapeau
La ville d'Hyères envoie deux syndics au roi Louis III avec un cahier d'une quarantaine d'articles. Le conseil du roi répond à chacun, en marge. La ville s'y décrit sans ménagement : « fort dépeuplée de ses gens » par les épidémies, écrasée par des redevances calculées sur une population qui n'existe plus, incapable de faire respecter sa justice.
Un article demande l'autorisation d'édifier des moulins sur le fleuve et « ailleurs, où il paraîtra bon », d'y faire un port et de l'entretenir grâce à une taxe levée sur chaque barque qui y entrerait. Le texte nomme expressément le fleuve : flumen Gappelli, le Gapeau. Le même article explique pourquoi les bateaux viennent : pour charger, pour décharger, ou « pour se sauver et se défendre de leurs ennemis ». Les gens d'Hyères réclament d'ailleurs le droit de s'armer contre ceux qui pillent dans le fleuve, dans le port et sur le terroir, et de reprendre ce qui leur a été enlevé sans qu'aucun officier s'en mêle.
Sur les moulins et le port, le roi ne tranche pas : il renvoie l'affaire à son frère le gouverneur et à son conseil, « pour qu'il y pourvoie comme il paraîtra utile et bon au bien de la chose publique ».
Acte primaire AD13, série B, Magna Regestra B10, vues 0460-0472, lettres du 23 novembre 1427 enregistrées à Aix le 15 mars suivant.

17 juin 1438Le roi met le pacage d'Hyères en gage
Le roi René doit mille ducats à Louis de Bournan, seigneur du Coudray, son conseiller, en dédommagement d'un office qu'il vient de lui reprendre. Le ducat est la monnaie d'or qui court alors dans toute la Méditerranée, et vaut à peu près le florin. Faute d'argent, le roi lui donne en gage « tous les droits de ramage, herbage et pâturage » du territoire d'Hyères. Mettre un bien en gage, pour un roi, c'est en abandonner les revenus à son créancier jusqu'au remboursement. La clause qui compte est ailleurs : ces revenus ne se déduisent pas de la dette. Bournan encaisse le pacage de la plaine et reste créancier de la totalité.
Acte primaire Archives Municipales d'Hyères, DD6-1, d'après l'original enregistré à Aix : AD13, série B, registre B11, f° 293-294 (vues 0635-0638). Lettres données au château de Capoue, près de Naples, enregistrées le 14 février 1439. La créance court encore en 1475 au profit du fils, Charles de Bournan, et n'est éteinte qu'en 1614.
20 juillet 1438Hyères charge le blé de l'expédition de Naples
René part reprendre le royaume de Naples, que lui dispute Alphonse d'Aragon. Deux nefs génoises affrétées en Provence emportent derrière lui les vivres et l'artillerie. Le maître de l'hôtel du roi, l'officier qui gère sa maison, a réglé le chargement : c'est Balthasar Jarente, et la lettre par laquelle le roi le tient pour quitte de tout compte détaille le blé port par port.
Le total embarqué est de 14 507 sestiers, le sestier étant la mesure à grains de Provence, soit environ trente-trois litres. Hyères en fournit 5 170, plus d'un tiers du blé : seul le chargement de Marseille est plus gros, celui de Fréjus est moindre. Cela représente à peu près 1 700 hectolitres, ou 130 tonnes, de quoi fournir le pain d'un millier d'hommes pendant huit mois.
L'acte précise que ces 5 170 sestiers sont comptés « à la mesure de ladite ville d'Hyères ». Les mesures à grains diffèrent d'une ville à l'autre : le blé chargé à Marseille est compté à la mesure d'Arles, celui de Fréjus à la mesure de Fréjus, et celui d'Hyères à la sienne. Le sel qui accompagne le blé, 3 047 éminées, est compté à la mesure de Berre, celle des salins de l'étang.
Acte primaire AD13, série B, registre B11, f° 273-273 v° (vues 0595-0596). Lettres données au Castel Capuano de Naples le 20 juillet 1438, souscrites « Rene » de la main du roi, enregistrées à Aix le 12 septembre suivant sur requête de Jarente. Les deux totaux portés au manuscrit (« quatuordecim milium quingentorum septem sextarior[um] » pour le blé, 3 047 éminées pour le sel) correspondent au détail port par port des deux nefs. Les hectolitres et les tonnes sont un ordre de grandeur, non une donnée de l'acte : la valeur retenue pour le sestier est celle relevée dans le Var par l'enquête ministérielle de 1798, et la ration de pain celle d'usage pour un homme, 700 grammes par jour. Les mesures d'Arles et de Berre, différentes, ne sont pas converties.
26 décembre 1439Le château passe à Louis de Beauvau
À Naples, René met le château et la vieille gabelle du sel en gage auprès de Louis de Beauvau, l'un des officiers de sa maison, qui en devient châtelain.
Le gage vaut 7 403 ducats, et Beauvau reste châtelain tant qu'il dure. La gabelle, c'est le monopole royal sur le sel et l'impôt qui va avec. Beauvau prend possession par procuration trois jours plus tard. Le conseil royal d'Aix fait appliquer la décision du roi le 23 janvier 1440.
Acte primaire AD13, série B, registre B11, vues 0690-0693. Lettres données au Castel Capuano de Naples : « amoto abinde quocumque alio ac signanter et expresse Iohanne rodulphi » (tout autre en étant écarté, et nommément Jean Rodulphe). L'exécutoire du conseil royal d'Aix est sur la vue 0693.
Aussi dans Les châtelains d'Hyères (1257-1620)

15 décembre 1448Au Luc, on décide de bâtir deux moulins
Le conseil du Luc, gros bourg de la route de Draguignan, ordonne la construction de deux moulins sur les eaux de la communauté : un moulin à blé et un moulin à foulon, celui où l'on bat les draps de laine dans l'eau pour les feutrer. Une commission de maîtres est nommée pour estimer l'ouvrage. Le registre des délibérations s'interrompt deux mois plus tard, en février 1449, et ne reprend qu'en 1470.
Acte primaire Archives communales du Luc, BB1, f° 120 v°-121 r° (microfilm 1mi173, vue 0125).

vers le 6 mars 1449Le roi René à Hyères
Au début de mars 1449, la cour du roi René est à Hyères. Le 6, ses courriers en partent pour Marseille, Avignon et Arles, et un page fait l'aller-retour jusqu'à Toulon, où le roi offre une pipe de vin aux hommes de la galère royale. Puis la cour passe à Toulon, et de là à Marseille. C'est la seule présence de René à Hyères que les sources attestent.
Quelques jours plus tard, la nouvelle arrive que les galères catalanes sont entrées dans le golfe de Fos. Le journal ne précise ni où loge le roi, ni combien de temps il reste.
Acte primaire Archives nationales, P 1334/14, journal des dépenses du roi René, fol. 162 v° (vue 3010), mars 1448 ancien style : « venant d'Yeres a Masseille », « allant d'Yeres en Avignon », « allant dudit lieu d'Yeres en Arle », « venir d'Yeres a Tholon et retourner dudit lieu de Tholon a Yeres ». Vers le 10, les départs se font « de Tholon » (fol. 163 r°). L'itinéraire de Lecoy de la Marche ne place jamais René à Hyères, et le fait à Toulon le 8 mars 1449.
Aussi dans Le Baron d'Hyères et sa famille (1426-1576), Les châtelains d'Hyères (1257-1620)
1451-1457La peste revient sur une ville déjà vidée
Le désastre démographique est ancien : la peste noire de 1348, puis un siècle de guerres et de retours d'épidémie, ont vidé la Provence. Le dénombrement des feux en donne la mesure, le feu étant l'unité fiscale de l'époque, à peu près un foyer. Hyères comptait 825 feux vers 1315, elle n'en compte plus que 314 en 1471. Pendant sept ans, Toulon et Hyères dressent des barrières, imposent des quarantaines et filtrent les voyageurs de part et d'autre. Hyères est alors une petite ville de quatorze cents à dix-huit cents habitants.
Acte primaire Archives municipales de Toulon, BB42, vue 8, page de gauche (f° 6v), pour les gardes aux portes de juillet 1451. L'accord de libre circulation passé avec Hyères en novembre suivant (f° 14v-15) n'est connu que par l'inventaire des délibérations et une transcription non collationnée. La peste revient encore en 1461 et 1464 (Toulon, GG 37, et l'exemption de cinq ans accordée alors à Toulon et à La Valette est enregistrée en AD13, série B, registre B15, f° 50v, vue 0114). Dénombrement des feux : Baratier, La démographie provençale, 1961.
mai 1453Le roi part pour l'Italie
Allié du duc de Milan et de Florence contre Venise, René prend la route de la Lombardie. Il fait l'aller par la côte ligure, et les actes le placent à Vintimille et à Port-Maurice, sur la route d'Albenga.
Source secondaire Lecoy de la Marche, itinéraire de René d'Anjou. AD13, série B, registre B14, f° cxxv-cxxvj (vues 0254-0257), lettres pour Antibes données « in ciuitate vintimiliensi » le 3 août 1453, le lieu et la date se lisant deux fois dans le dossier. Registre B18, f° 43.
8 août 1453René est reçu à Albenga
Le roi passe par Albenga, cité de la Riviera génoise, qui lui ouvre ses portes et le loge. Pour une ville fortifiée, laisser entrer un prince étranger et sa suite en armes représente un engagement lourd : elle lui confie sa sécurité pour la durée du séjour et le nourrit à ses frais. En remerciement, il accorde à la cité le droit de commercer librement dans ses comtés de Provence et de Forcalquier, et la met à l'abri des représailles. Les représailles désignent le droit de saisir les biens de n'importe quel marchand d'une ville pour la dette d'un de ses compatriotes : en être dispensé permet de commercer sans craindre la saisie.
Acte primaire AD13, série B, registre B14, f° cxxxix-cxl (vues 0279-0281). Le folio porte le millésime en toutes lettres, et l'itinéraire du roi le confirme. L'exécution et l'enregistrement en Provence suivent en février 1454, la dispense d'enregistrement hors délai étant sur la vue 0161.
vers 1453-1455Un ingénieur ligure s'installe au Luc
Jean Natte est originaire de la côte ligure : les actes le présentent comme génois, du diocèse d'Albenga, et les actes montrent des Ligures partant pour la Provence à partir des années 1450. La date exacte de son installation au Luc n'est pas connue, et c'est malheureusement la période où les registres du bourg s'interrompent. Le Luc avait toutefois un chantier hydraulique en cours, les deux moulins votés en 1448. On l'a peut-être fait venir pour reprendre ce chantier en difficulté, et il y a peut-être gagné sa réputation. Aucun acte ne le nomme au Luc avant 1458.
Hypothèse Convention de 1458 (habitator loci de Luco) et lettres patentes de 1463 (« jannevoys », diocèse d'Albenga). Vague migratoire ligure : F. Barby, L'immigration ligure et le repeuplement de Marseille aux XVe-XVIe siècles, 2003. La date d'arrivée et le lien avec les moulins du Luc sont une hypothèse, non un fait attesté.
vers 1455Louis Rodulphe a l'idée de dériver le Gapeau
Louis Rodulphe de Limans, fils de Pierre, a l'idée de dériver une partie du Gapeau depuis les confins de La Crau jusqu'à la ville par un béal (en provençal, un canal d'irrigation). L'histoire d'Hyères d'Alphonse Denis, rééditée après sa mort, raconte que les frères Rodulphe, formés à l'art militaire, examinent, mesurent et nivellent le terrain eux-mêmes. Le frère qui le seconde est vraisemblablement Charles. Les premiers relevés de reconnaissance leur reviennent sans doute : choisir un terrain et le mesurer fait partie des savoirs nobles, hérités de l'art des sièges. Mais le tracé final descend de 2,34 mètres sur neuf kilomètres, soit deux millimètres et demi tous les dix mètres, et une pente pareille ne sort pas d'un coup d'œil sur le terrain. C'est la main de l'homme du métier, qu'ils vont chercher au Luc : maître Jean Natte.
Hypothèse Alphonse Denis, Hyères ancien et moderne, 4e éd. refondue par R. Chassinat [1882], d'après un chroniqueur antérieur. Denis écrit « les frères Rodulphe » sans les nommer. Les prénoms des fils viennent du testament de Pierre Rodulphe. Le dénivelé est relevé sur le tracé conservé (Tourtit, 2010). Aucun acte ne documente cette phase, et 1455 est une estimation. La désignation « de Limans » est anticipée : Louis Rodulphe n'acquiert la seigneurie de Limans qu'ultérieurement. Il est nommé ainsi ici par souci d'uniformité avec le reste de la chronologie.
Aussi dans Le Baron d'Hyères et sa famille (1426-1576)
30 mars 1456Toulon engage un jeune avocat marseillais
Toulon, en procès avec son évêque, cherche un défenseur et choisit un jeune docteur en droit de Marseille : Palamède de Forbin. Il a vingt-trois ans et plaide pour les villes.
Source secondaire Archives municipales de Toulon, BB42, f° 102v, connu par l'inventaire des délibérations.
vers 1456-1458Le conseil de ville dit non
Le plan du Béal est présenté à la communauté, qui le déclare inexécutable. La phrase est restée : le conseil se disait « bien assuré que la Communauté ne payerait jamais rien, parce que l'eau ne viendrait jamais ». Dans une ville de cette taille, après les années de peste, l'objection se défend.
Source secondaire Denis, éd. Chassinat [1882], citant les « mémoires du juge Mabille », manuscrit local jamais retrouvé.
1458Le roi René ordonne à Hyères de reprendre le projet du Béal
Avant la convention du 27 décembre 1458, à une date que les sources ne précisent pas, Louis Rodulphe de Limans et Jean Natte s'adressent directement au roi René, qui donne son accord et ordonne à la ville de réexaminer la proposition. La ville convoque un nouveau conseil.
Source secondaire L'intervention du roi est rapportée par Alphonse Denis (Hyères ancien et moderne, 4e éd. refondue par R. Chassinat [1882]) et par Augias, d'après un mémoire du juge Mabille. Aucune lettre royale de 1457 ou 1458 sur le Béal n'est connue : le registre où elle devrait se trouver, B14, n'a pas de table pour ses derniers folios.
Aussi dans Le Baron d'Hyères et sa famille (1426-1576)
27 décembre 1458La convention du Béal
Au son de la cloche du soir, dans la grand-salle du viguier Bernard d'Abisse, trois syndics (les élus de la communauté) et une trentaine d'habitants s'engagent avec Jean Natte. Il creusera un canal large d'une canne au fond, près de deux mètres, et bâtira deux moulins à blé au moins. Il a deux ans pour le faire, à compter du 1er mars suivant. La ville paiera 2 000 florins en cinq versements et fournira quatre journées de travail obligatoire par maison habitée. En échange, l'ingénieur et ses héritiers gardent le monopole des moulins, et il se paie aussi sur le grain : un vingt-cinquième de tout ce qu'il moud.
Acte primaire Archives Municipales d'Hyères, série DD n° 16, pièce DD16-1, huit vues. Le texte n'est connu que par la grosse qu'en tira le notaire François Bruny un siècle plus tard, sur les registres de feu Jacques Giraudi, le notaire qui avait reçu l'acte, et à la requête d'Honoré Rodulphe, seigneur de Limans. Une copie notariale de 1859 forme la pièce DD16-2, en dix-huit vues.
31 mars 1459L'accord avec le seigneur de Solliès
La convention du 27 décembre 1458 n'était qu'un accord sous condition suspensive : sans l'autorisation du seigneur de Solliès, elle demeurait « tenue pour nulle et non avenue ». Hyères l'obtient de Louis de Beauvau, devenu sénéchal de Provence, celui-là même à qui René avait engagé le château d'Hyères en 1439. Maître de Solliès et du Gapeau en amont, il autorise la ville à prélever l'eau sous l'écluse des Abrassières (un barrage déjà existant), à la conduire à travers ses terres et à bâtir son propre ouvrage. Cette autorisation déclenche véritablement les travaux.
L'accord comporte une contrepartie directe pour les villageois d'amont, signalée par l'inventaire des archives de Solliès mais passée sous silence par Denis : les habitants de Solliès pourront traverser le territoire d'Hyères pour exporter leur vin par mer. Le seigneur d'amont cède l'eau, et sa communauté obtient en échange la route du port.
Source secondaire Denis, éd. Chassinat [1882]. Denis ou son éditeur a encore vu l'acte, et le livre en donne la date et la teneur. La pièce ne figure plus dans l'inventaire des archives d'Hyères et n'a pas été retrouvée. Elle a en revanche sa cote à Solliès : les feuillets d'inventaire de Mireur la décrivent deux fois, sous DD 10 et sous HH 3, comme un cahier de sept feuillets de papier, deux exemplaires du même acte classés dans deux séries. C'est de cette notice que vient la clause du vin. Beauvau est seigneur de Solliès avant 1458. Aucune pièce ne donne la date de son entrée.
novembre 1459 - janvier 1460La cour du roi passe l'hiver à Toulon
Le roi et la reine arrivent à Toulon le 18 novembre et y restent jusqu'au 11 janvier. La cour y tient ses quartiers huit semaines. Six semaines plus tôt, le fils du roi, Jean de Calabre, a quitté Gênes avec quinze bâtiments pour aller reprendre Naples. René est malade et hors d'état d'embarquer. Il vient se poster au plus près de son port de guerre.
La ville préparait cette venue depuis la fin septembre. Son conseil vote pour la reine Jeanne de Laval, qui vient pour la première fois, cinquante florins « enfermés dans une bourse » et donnés afin qu'elle « prenne, à l'occasion, les intérêts de la ville ». On installe des râteliers dans les écuries des particuliers pour loger les chevaux de la suite royale.
Le 30 décembre, la chancellerie, qui suit le roi partout, expédie de Toulon une faveur qui regarde Hyères. Le roi exempte d'impôt Pierre Rodulphe, capitaine de la forteresse d'Hyères, lui et ses héritiers, à perpétuité, sur ses biens jusqu'à quatre mille livres de valeur. La grâce est faite « tant pour ses propres mérites que pour ceux de ses prédécesseurs, en services continuels rendus de longue date ». L'impôt était fixé en bloc pour toute la ville, puis réparti entre ses habitants : sans précaution, la part de Rodulphe serait retombée sur ses voisins. L'acte l'évite en baissant d'autant la somme demandée à Hyères. C'est le roi qui perd cet argent, pas les Hyérois.
À une vingtaine de kilomètres de là, le creusement avance depuis huit mois. Un canal suivant le relief se nivelle sur toute sa longueur avant les premiers coups de pioche, et la corvée répartit les habitants par tronçons. Le tracé forme alors une longue tranchée de terre fraîche sur plus de neuf kilomètres, coupant le chemin de Toulon à Hyères. Si aucun acte ne mentionne une visite du roi à Hyères cet hiver-là, un chantier de cette ampleur dans la plaine de La Crau ne pouvait passer inaperçu.
Acte primaire AD13, série B, registre B14, f° cclvj-cclvij (vues 0518-0520), pour l'exemption : les clauses finales sont souscrites en janvier 1460 par Jeanne de Laval, puis enregistrées à la Chambre des comptes d'Aix. Le toponyme se lit arearum : l'acte est bien hyérois. La clause fiscale convertit les quatre mille livres en feux, au tarif de six cent soixante-six livres par feu, et retranche ces six feux des quatre-vingt-treize auxquels la ville est taxée : « exhoneramus et Relaxamus ». La perte est pour le roi, non pour la communauté. Les dates du séjour viennent de l'itinéraire du roi René dressé par Lecoy de la Marche (1875, t. II, p. 460) d'après les registres de chancellerie, et recoupent les délibérations de Toulon. Le présent à la reine et les préparatifs sont votés au conseil du 30 septembre 1459 (Archives municipales de Toulon, BB42, vue 192, f° 190v-191). L'Inventaire sommaire datait cette séance du 7 septembre, le manuscrit porte le dernier jour du mois. Gustave Lambert, qui a publié cette venue dans son Histoire de Toulon (1887), la plaçait en septembre, faute d'avoir croisé l'itinéraire du roi, et donnait cent florins dans une bourse de soie là où l'inventaire des délibérations en compte cinquante : la divergence n'est pas tranchée. Aucune pièce ne place le roi à Hyères en 1459. Que René « vint assez souvent visiter Hyères » et y logea trois fois chez les Clapiers est rapporté par Denis (éd. Chassinat [1882]) d'après une enquête de noblesse, sans date. L'avancement du chantier est une estimation : le terrassement du canal et de la levée de prise est évalué à environ 12 500 journées d'homme, ce qui met le 18 novembre 1459 entre un cinquième et deux cinquièmes du total. Le travail par tronçons se déduit du nivellement préalable de toute la ligne et de la corvée de quatre journées par feu levée sur les 314 feux d'Hyères. Le franchissement de la route de Toulon par le Béal est donné par Aufauvre (1864) et par le cadastre de 1626.

vers 1461L'échéance du contrat
Les deux ans du contrat s'achèvent : le canal devait être livré vers mars 1461. Aucune pièce n'indique s'il l'a été, ni quand.
Hypothèse Déduction tirée du contrat de 1458.
mars 1461Le roi perd Gênes
Depuis 1458, les Angevins tenaient Gênes, et le roi René y avait sa base navale. En mars 1461, une révolte chasse les Français. Le roi perd son port de galères en Italie, et doit en chercher un sur la côte provençale.
Source secondaire Contexte géopolitique général.
18 mai 1462Fréjus se taxe pour un canal dérivé de l'Argens
Le roi autorise Fréjus à lever un « bon denier », une taxe sur le blé, les barques et les marchandises, destinée « au rétablissement de l'ancien port et à la construction d'un canal dérivé de l'Argens ». L'initiative est municipale : Fréjus se taxe elle-même dix mois avant d'aller demander au roi une dispense d'impôt.
Source secondaire Archives communales de Fréjus, notice AA1 (inventaire Mireur) : le régeste d'un parchemin de René confirmant le privilège accordé « par précédentes lettres du 18 mai 1462 et 2 février 1473 ». Le régeste ne mentionne aucun marché passé : le marché n'apparaît que dans les deux actes de mars 1463.
6 juillet 1462Mort de Louis de Beauvau
Le seigneur qui avait laissé Hyères puiser dans le Gapeau meurt. Solliès passe à Jean de Beauvau. Le roi apprend la vacance et redistribue aussitôt les revenus rattachés à sa charge : trois cents florins par an que le sénéchal prenait sur les gabelles du sel d'Hyères passent à un autre officier de sa maison, puis la gabelle entière est donnée à la reine Jeanne de Laval, sa vie durant. Ce qui avait été mis en gage en 1439 revient ainsi au domaine royal.
Acte primaire Le jour est donné par l'acte de réattribution de la pension, trois mois plus tard : « a commencer du jour que mondit feu seneschal trespassa, qui fut le vje jour de Juillet » (AD13, série B, registre B15, f° 100, vue 0213, Angers, 24 octobre 1462). La ratification de la reine est au f° 100v-101 (vues 0214-0215), et la capitainerie du château de Toulon, vacante par la même mort, est redonnée le 30 octobre (f° 95v, vue 0204). Le registre se contredit sur le prénom du défunt : la vue 0213 écrit « Jehan de Beauuau », la vue 0204 « Loys seigneur de Beauvau ». La forme correcte est Louis, et l'acte de 0213 est expédié en présence du sénéchal d'Anjou, Jean de Beauvau. L'acte de vente de 1468 nomme Jean fils et héritier de Louis, là où l'érudition locale du XIXe siècle en fait son frère. Bulletin de la Société d'études de Draguignan, 1866 ; Inventaire Albanès.
11 mars 1463Fréjus veut refaire son port
René exempte Fréjus et Saint-Raphaël d'impôt pour treize ans. Les syndics et habitants exposent qu'ils ont « prinse deliberacion et conclud de faire reparer et adrener le port » (l'adrener, c'est le curer, en tirer l'eau et la vase), « en maniere que grans fustes de galees et aultres vesseaulx de mer y porront doresenavant seurement ester et demourer sanz dangier ne dommaige » : un port où les galères puissent demeurer, pas un simple mouillage. Et « de ce ont fait marchande » : le marché est déjà passé. Ils ne peuvent en payer la « grant somme de deniers », « actendu les aultres grans charges et despences » : ils doivent dans le même temps faire faire « murs et fossez ». L'acte ne précise pas comment on draguera, et ne nomme pas l'Argens : le moyen technique, dériver la rivière, n'apparaît que dans les lettres de Natte, cinq jours plus tard.
Acte primaire AD13, série B, registre B15, vues 0231-0232. Lettres données à Angers, enregistrées à Aix le 23 mai 1463. Le parchemin porte « 1462 » : l'année ne commençait pas au 1er janvier mais à Pâques, et ce mars 1462 est notre mars 1463. La note d'enregistrement, elle, est datée en clair de 1463.

16 mars 1463Le roi récompense Jean Natte
Par le même conseil que les lettres pour Fréjus du 11 mars, le roi signe des lettres patentes, une décision publique opposable à tous. Elles qualifient Natte de « jannevoys », génois, et le dispensent d'impôt à perpétuité dans toute la Provence, lui et ses cinq frères : Baptiste, André, Menfrin, Laurent et Vincent. On ne récompense ainsi qu'un ouvrage fini : le Béal coulait. L'acte énonce ce qu'on récompense : « par son engin, art et industrie », Natte a fait venir l'eau « de troys lieues loing » jusqu'à une ville « en lieu sec, en coste de montaigne », chose « qui estoit comme impossible a faire ». Le texte indique aussi que c'est Natte qui a « de fait marchandé » de faire passer l'Argens par Fréjus pour y bâtir le port à galères. Les lettres ajoutent que Natte proposait d'amener ses frères et parents « pour semblablement demeurer » en Provence, avec ses enfants et son ménage. Pour que la faveur ne retombe pas sur les habitants d'Hyères, « qui sont tres povres », le roi retranche un feu du total imposable de la ville. Le manque à gagner est pour le trésor royal.
Acte primaire AD13, série B, registre B15, f° 111-112 (vues 0235-0237), et Archives Municipales d'Hyères, série DD n° 17. L'Inventaire sommaire cote l'acte f° 110. Lettres données à Angers, exécutées par le sénéchal à Marseille le 15 avril 1463, puis présentées par Natte lui-même au greffe royal d'Aix le 20 juin. Le parchemin porte « 1462 », comme celui de Fréjus : même style de Pâques.
août 1464Jean Cossa reçoit le gouvernement du château d'Hyères
De son château de Louppy en Barrois, René donne « sa vie durant » le gouvernement du château et de la ville d'Hyères à Jean Cossa, son lieutenant général (celui qui gouverne la Provence en son nom). Cossa n'ira pas tenir la place : il en nomme lui-même le clavaire (trésorier), le capitaine et le châtelain.
Cossa, comte de Troia, est un Napolitain que René appelle son compère. Les lettres rappellent une donation plus ancienne, dont aucune pièce ne conserve le texte : Cossa tenait donc déjà le château avant août 1464. Elles nomment aussi celui qui exerçait la charge avant lui, à la napolitaine : pietro Ruffi dicto lo baron, « ton prédécesseur ». Les deux mots qui suivent le nom se lisent quondam dum vixit, « feu, de son vivant ». Si cette lecture tient, Pierre Rodulphe est mort entre le 23 juillet, où le roi l'emploie encore, et la fin d'août 1464. Le capitaine que nomme Cossa n'apparaît dans aucun acte. En 1466-1467, le clavaire d'Hyères ne paie plus aucun châtelain : la garde est payée ailleurs.
Acte primaire AD13, série B, registre B15, f° 152v-153 (vues 0318-0319), lettres données à Louppy : « Regimen et gubernationem castri nostri et ville arearum » (le gouvernement de notre château et de la ville d'Hyères), et « pietro Ruffi dicto lo baron » (Pierre Ruffi, surnommé le baron). Le millésime est tenu pour sûr : les pièces du même envoi (provisions de lieutenant général du 12 octobre, gages du 14 octobre) portent 1464 en toutes lettres. Le quantième (26 ou 27 août) est de lecture incertaine. La clause dum vixit reste incertaine : les deux mots sont abrégés et l'acte n'emploie pas la formule pleine de décès habituelle à cette chancellerie. Aucune pièce ne donne la date de la mort de Pierre Rodulphe. Compte du clavaire de 1466-1467 : AD13, série B, registre B 1927.
Aussi dans Les châtelains d'Hyères (1257-1620), Le Baron d'Hyères et sa famille (1426-1576)
21 mars 1467Le testament de Pierre Rodulphe
À Hyères, dans la maison des d'Abisse, Pierre Rodulphe, veuf, « châtelain de la forteresse royale » d'Hyères, fils de feu noble Maurice Rodulphe, fait son testament. Il institue héritier universel son fils Louis et choisit sa sépulture chez les frères mineurs (les franciscains) d'Hyères, auprès de sa femme Pollixène d'Abisse. Il prend pour exécuteur son beau-frère Giraudin d'Abisse, qui tient pour le roi le grenier à sel de la ville, et laisse dix-huit florins aux moniales du Fenouillet pour une cheminée dans leur dortoir.
Des lettres d'août 1464, qui donnent le gouvernement du château d'Hyères à Jean Cossa, donnent Pierre Rodulphe pour défunt. Si cette lecture tient, le testament ne peut dater de 1467, et le millésime le plus proche qui s'accorde avec le reste du dossier est 1464. Le testament n'est connu que par une copie de 1622.
Acte primaire Ms. 3424 fol. 13-24, conservé par Avignon Bibliothèques (Ville d'Avignon) – Institut Calvet. Ce n'est pas l'original de 1466 mais un extrait notarié délivré à Tarascon en 1622, collationné et signé par le notaire royal Antoine Rouge : le copiste a abrégé les clauses de style et sauté des feuillets, dont les legs aux filles et au fils cadet. L'acte est daté du 21 mars 1466 : l'année commençait le 25 mars, ce qui donne le 21 mars 1467 dans le calendrier grégorien. Le millésime est net sur la copie, et le style y est nommé par l'acte lui-même. C'est sa cohérence avec le reste du dossier qui fait défaut. Le copiste de 1622 écrit déjà quadragentesimo pour quadringentesimo et n'a pas reporté le quantième lunaire, qui aurait permis de contrôler l'année par le calcul. En 1464, sexagesimo tertio aurait été lu sexagesimo sexto : hypothèse que seul l'original, ou un autre témoin de l'acte, pourrait trancher. Le silence du testament ne suffit pas à écarter la tradition généalogique sur la charge de chambellan, qui la rapporte à des lettres du 1er avril 1441 : ces lettres ne sont pas connues.
Aussi dans Le Baron d'Hyères et sa famille (1426-1576)
Ms. 3424 fol. 13-24, Avignon Bibliothèques (Ville d'Avignon) – Institut Calvet16 septembre 1468Forbin achète Solliès
Palamède de Forbin rachète tous les droits sur Solliès pour 13 000 florins à Jean de Beauvau. René confirme le même jour, et confirme aussi, à la demande des habitants inquiets, tous les privilèges et libertés de la commune.
Acte primaire AD13, série B, registre B15, f° 229 (vues 0471-0473) : vente passée à Avignon devant le juge ordinaire Jean Bussay, notaire G. Raymeau. Inventaire Albanès, actes 746 et 747. L'acte cède avec la seigneurie les pâturages, moulins et fours de la vallée, et jusqu'aux maisons et droits que les Beauvau tenaient à Toulon. Le frère de Palamède, Jean de Forbin, prend possession du château le 22 octobre, Palamède étant retenu au service du prince.
18-24 février 1469L'inventaire de la seigneurie de Solliès
Devant la Chambre des comptes d'Aix, qui tient les comptes du comté et juge les affaires du domaine, Forbin fait dénombrer sa seigneurie. La liste, rédigée en provençal, énumère tout ce que tient un seigneur de la vallée : la haute et la basse justice, le pouvoir du glaive, le droit de condamner à mort, les fours et les moulins où les habitants sont tenus d'aller, les péages, et les taxes sur chaque vente de terre.
Acte primaire AD13, série B, registre B15, f° 233-233 v° (vues 0479-0480). Présenté à l'archive royale d'Aix le 24 février 1469 par Jean de Forbin, procureur de son frère Palamède, après ordonnance du 18 février.
20 avril 1469Le serment prêté sur la place du château de Solliès
Sur la place de Solliès, devant les syndics et une foule d'habitants, Jean de Forbin, frère de Palamède, prête serment sur les Évangiles au nom de celui-ci : il maintiendra les privilèges, statuts et libertés de la communauté. Solliès relevait autrefois directement du domaine royal et ses bourgeois n'ont rien oublié.
Source secondaire Archives communales de Solliès, AA 2, décrites par la Société d'études de Draguignan, 1866.
8 août 1470Forbin devient le premier magistrat de Provence
René fait de Forbin le grand président de la Chambre des comptes, autrement dit le premier magistrat du comté. Ses gages passent de quatre cents à six cents florins, à charge pour lui de résider en Provence. Les maîtres des comptes enregistrent la lettre en protestant : ils y voient une atteinte aux prérogatives anciennes de leur cour.
Acte primaire AD13, série B, registre B16, f° 76v-77v (vues 0154-0156) : lettres données au palais d'Aix « le viije jour daoust lan mil iiijc lxx », lues sur la vue 0156. La protestation des maîtres rationaux est en tête du dossier, sur la vue 0154. Elles rappellent elles-mêmes que Forbin avait déjà été fait l'un des présidents, aux gages de quatre cents florins, par des lettres antérieures, qui ne sont pas conservées dans le registre. La date de mars 1469 que donne parfois l'historiographie se rapporte vraisemblablement à cette première nomination : les deux dates ne se contredisent pas.

vers 1473Le canal de Fréjus est abandonné
Le grand canal de l'Argens à Fréjus, commandé en 1462, ne verra jamais le jour. « Par suite du peu de diligence des habitants à exécuter ce projet », le roi concède la taxe à l'un de ses chambellans, Charles Pierre. La ville proteste, et le chambellan finit par lui abandonner la taxe.
Source secondaire Archives communales de Fréjus, notice AA1 (confirmation par lettres de René en 1476).
21 janvier 1474Forbin achète Porquerolles
René confirme l'achat de Porquerolles par Forbin. L'île lui vient des héritiers de Jean Tressemanes, avec un ensemble de biens payé 700 florins, un peu plus du tiers de ce que la ville avait dépensé pour son canal. Le roi lui donne l'île « en juridiction, bois, pêcheries, ports », et charge son grand sénéchal d'en recevoir l'hommage. Solliès au nord, Porquerolles au sud : Forbin possède des terres des deux côtés de la juridiction d'Hyères.
Acte primaire AD13, série B, registre B16 « Pavo », vues 0459-0460 (f° 229). Lettres données à Saint-Maximin, enregistrées à Aix le 1er février 1474. L'acte vend la prévôté de l'île, et les 700 florins paient tout le lot de biens, dont l'île n'est qu'une part : l'Inventaire Albanès (acte 752) résume l'un et l'autre en « la seigneurie de l'île […] pour la somme de 700 florins ». Les sources secondaires qui datent Porquerolles de 1471 visent une donation antérieure de René, dont l'acte n'est pas connu.

28 janvier 1474Forbin prête hommage pour Porquerolles
À Aix, Forbin prête pour Porquerolles l'hommage-lige, la forme la plus contraignante du serment féodal : à genoux, les mains jointes, il jure fidélité sur les évangiles. Celui qui reçoit le serment est le grand sénéchal Jean Cossa.
Acte primaire AD13, série B, registre B17, f° 14 (vues 0032-0033) ; Inventaire Albanès, acte 882. Notaire Pierre Tenci de Simiane. C'est l'hommage que les lettres du 21 janvier ordonnaient au grand sénéchal de recevoir.

22 juillet 1474Le testament de René irrite Louis XI
Le roi René a soixante-cinq ans et n'a plus d'héritier direct. Il lègue l'Anjou et la Provence à son neveu Charles du Maine. Louis XI, qui comptait sur l'Anjou pour la couronne de France, le prend mal et fait occuper militairement le duché. La succession de Provence devient une affaire française.
Source secondaire Matz, biographie de René d'Anjou ; Papon, Histoire générale de Provence.
vers 1475Le Béal s'assèche
Forbin fait bâtir ou surélever une écluse de pierre sur le Gapeau, en amont de la prise d'Hyères, et élargit son propre canal pour arroser ses terres. En aval, le Béal se vide. La ville porte l'affaire devant la haute justice provinciale à Aix (dont Forbin est devenu, en 1470, le premier magistrat) et obtient des injonctions. Forbin les déclare « nulles et inciviles », c'est-à-dire sans valeur en droit, et accuse Hyères d'avoir elle-même déplacé son écluse.
Hypothèse Archives Municipales d'Hyères, liasse DD18, neuf vues. Aucun acte ne date l'écluse : la date est approximative, tirée d'un moulin construit en 1475, et la borne basse est la transaction du 10 avril 1477.
mars 1476René perd ses alliés
Deux coups en un mois. Charles le Téméraire est battu à Grandson, et René se retrouve sans allié bourguignon. Puis Louis XI paie la rançon de Marguerite d'Anjou, fille du roi captive en Angleterre, contre sa renonciation à tout droit sur l'Anjou et la Provence. L'armée de Louis XI se déploie aux portes du comté.
Source secondaire Papon, Histoire générale de Provence.
11 avril 1476Pertuis : René capitule
Devant les ambassadeurs de Louis XI, le roi René jure sur la croix de Saint-Laud de n'avoir jamais d'intelligence avec le duc de Bourgogne ni avec aucun ennemi du roi de France. Les villes et toute sa cour s'y engagent avec lui, et parmi eux Palamède de Forbin, président de la cour devant laquelle Hyères plaide contre son barrage.
Acte primaire Promesse de René, Pertuis, 11 avril 1476 (Arch. nat., J 257, n° 13), éditée par Lecoy de la Marche, Le roi René, 1875, t. II, pièce justificative n° 84. Engagements de la cour : J 257, n° 10-20 et 94 (Lecoy, t. I). Style de l'Incarnation nommé par l'acte : 1476 de notre calendrier.
mai-juin 1476Les conférences de Lyon
Le roi René rejoint Louis XI à Lyon, qui lui rend l'Anjou le 25 mai, puis le Barrois le 9 juin. René promet de vive voix que la Provence reviendra à la France après sa mort. Forbin en revient pensionné des deux rois.
Source secondaire Mainlevée de l'Anjou, Lyon, 25 mai 1476 (AD13, B 695), éditée par Lecoy de la Marche, Le roi René, 1875, t. II, pièce justificative n° 86. Récit des conférences : t. I, p. 406-413, d'après Commines.
10 avril 1477La transaction avec Forbin
Hyères abandonne ses procédures et négocie. Forbin garde son barrage et ses droits d'irrigation illimités. La ville, elle, ne récupère plus que l'eau de drainage des prés, et sa prise reste cantonnée en aval de l'écluse seigneuriale. Elle verse en outre 100 florins d'or, officiellement pour les frais de justice. La communauté garde une porte de sortie : elle peut se dégager dans les dix ans, et la convention sera alors « comme non avenue, nulle et de nul effet ».
Acte primaire Archives Municipales d'Hyères, liasse DD18, neuf vues.
27 juillet 1477Toulon obtient dix ans sans impôt pour ses travaux d'eau
D'Avignon, le roi René exempte Toulon de tailles et de subsides pour dix ans. La ville est « en lieu limitrophe et maritime », harcelée par les incursions et dépendante du grain qui lui vient par mer. La moitié des fonds ainsi libérés ira aux réparations de la ville, l'autre à l'aménagement du Plan de la Garde et à l'amenée des eaux. Un second acte ratifie l'accord passé entre Jean de Glandevès, seigneur de La Garde, et Toulon, qui associe La Garde, La Farlède et La Valette au chantier. Le Plan de la Garde est la cuvette de l'Eygoutier, dont la source est à La Crau.
Acte primaire AD13, série B, Magna Regestra B18 « Aquila », f° 38 (vues 0093-0094). Lettres données à Avignon le 27 juillet 1477, enregistrées le 2 février 1478. Le résumé imprimé du registre ne signale pas cet acte.
31 juillet 1477Le conseil de Toulon organise la ville contre la peste
Le registre de Toulon porte une entrée qui fait froid dans le dos. La peste est là. Le blé manque. Le barbier Guillaume de Savanelle est engagé pour soigner ceux qui tomberont malades (les barbiers assuraient un rôle de médecin et chirurgien), d'ici à la Saint-Michel (l'automne). Deux hommes sont recrutés pour ensevelir les morts, et le fermier des rèves (la taxe sur les denrées) demande à être dédommagé de ce que l'épidémie lui fait perdre. Et le registre s'arrête là. Le bas du feuillet est resté blanc. La séance suivante au verso est datée du 6 juin 1482.
Acte primaire Archives municipales de Toulon, série BB, registre BB 43, f° 38v-42 (vue 0014), séance du 31 juillet 1477, syndics Pierre Fornier notaire et Pierre Valserre. Le texte porte « considerata maxima pesto et epidimia », la peste et l'épidémie étant très grandes, puis « ordinaverunt Retinere magistrum Guillelmum de Savanella barberium ad causam medicandi personas que in futurum infirmabuntur … hinc ad festum beati Michaelis » : le barbier est retenu pour soigner ceux qui tomberont malades, jusqu'à la Saint-Michel. Le résumé imprimé du registre (Inventaire sommaire) ajoute les deux ensevelisseurs et la réclamation du fermier des rèves, et donne au soignant le nom de Claireval, là où le manuscrit porte Savanella. L'interruption tient au registre lui-même et se voit sur le feuillet : le texte de 1477 s'arrête au milieu du recto du folio 42, et la reprise de juin 1482 est au verso de ce même feuillet (vue 0015). La foliation à l'encre saute par ailleurs de 38 à 42 entre les deux pages de la vue 0014, ce qui concerne le début de la séance de 1477, non l'interruption.

4 février 1478Philibert d'Estainville jure de garder le château
Philibert d'Estainville, maître d'hôtel du roi (l'un des chefs de sa maison), jure « de bien et loyaument garder et faire garder le chasteau et forteresse d'Yeres » et de le rendre à première réquisition.
Il promet aussi de ne remettre le château à personne sans lettres du roi. C'est un parchemin de cinq lignes, scellé de ses armes et signé de sa main. La place avait déjà changé plusieurs fois de mains depuis Pierre Rodulphe, sans que la famille la tienne en continu. Elle est désormais tenue par des officiers venus du dehors.
Acte primaire AD13, série B, chartes de la Tour du Trésor, liasse B 698, vue 0005 (original) et vue 0004 (dos d'archivage). Le parchemin ne porte pas de date : elle vient du dos, « 1477 . 4e feb », en style de l'Annonciation (l'année commençant alors en mars). La liasse, dont les quatre pièces courent de février au 18 avril 1478, est classée 1478. Denis (éd. Chassinat [1882], p. 68) reprend le millésime du dos sans le convertir et date le serment de 1477. Il le présente en outre comme prêté « en présence de nombreux témoins », alors que l'original n'en nomme aucun.
Aussi dans Les châtelains d'Hyères (1257-1620)
mai 1479Hyères se dit ruinée par la peste et obtient une dispense d'impôt
La ville d'Hyères s'adresse au roi René. Elle demande qu'on décharge ses habitants « vsque ad numerum quadraginta persone », jusqu'au nombre de quarante personnes, qui « sunt et Remanserunt … vsque ad presens egrotantes », sont et sont demeurées malades jusqu'à ce jour, au bord de la misère, « tempore pestiffero », au temps de la peste. Elle doit quarante-quatre mille florins, dont elle n'a versé que quatorze mille. René l'affranchit de toutes les tailles, dons et subsides.
Acte primaire AD13, série B, Magna Regestra B18 « Aquila », f° 98 (vues 0217-0218) : lettres données à Aix le 14 mai 1479, présentées à la chambre des comptes le 15. L'acte n'exprime pas de durée pour la franchise.

1479Forbin élimine son dernier rival à Solliès
Un quart de la seigneurie de Solliès appartenait encore au commandeur de Saint-Jean de Jérusalem. La communauté lui fait un procès jusqu'à la cour de Rome, Forbin la soutient, et René leur donne raison à tous deux. Forbin reste seul seigneur de Solliès.
Source secondaire Société d'études de Draguignan, 1866.
10 juillet 1480Mort du roi René
Le prince qui avait forcé la main du conseil de ville en 1458, et récompensé Natte en 1463, meurt à Aix. Son autorité comtale ne pesait plus rien depuis l'accord de Lyon.
Source secondaire Papon ; Société d'études de Draguignan, 1866.
fin 1481La Provence devient française
Charles du Maine, successeur de René, ne lui a survécu qu'un an. Louis XI recueille le comté.
Source secondaire Papon, Histoire générale de Provence.
19 décembre 1481Forbin gouverneur de Provence et vicomte de Martigues
De Thouars, Louis XI institue Forbin lieutenant et gouverneur général des comtés de Provence et de Forcalquier, avec le pouvoir de prendre possession du pays en son nom, de recevoir serments et hommages, et de pourvoir à tous les offices. Le même envoi lui donne la vicomté de Martigues, en récompense des services rendus « près et alentour de notre personne ». Louis XI reste loin de la Provence, que Forbin gouverne en son nom.
Acte primaire AD13, série B, registre B19 « Corona » : les lettres de gouvernement aux vues 0143 à 0146, la donation de Martigues aux vues 0146-0147. Les deux portent « le xixe jour de decembre », lu sur les vues 0145 et 0147. Enregistrées à Aix les 6-7 et 8 février 1482. L'inventaire Albanès donne le 29 décembre, là où le manuscrit donne le 19 ; Gustave Lambert le lisait déjà ainsi.
26 janvier 1482Nicolas Forbin devient capitaine à vie
Louis XI donne le château à vie à Nicolas Forbin, fils de Palamède, avec mille florins de gages. La forteresse qui domine la plaine appartient désormais à la famille qui tient l'amont du Gapeau.
Louis XI est le nouveau maître de la Provence. Les lettres partent de Thouars, avec celles qui font de Palamède son lieutenant général en Provence. Elles donnent « l'office de cappitainerie, garde et chastellain » de la ville et du château d'Hyères, que Nicolas doit tenir « par la forme et maniere » de feu Jean Cossa. L'acte précise que c'est le père qui a recommandé le fils.
Acte primaire AD13, série B, registre B19 « Corona », f° 65 r-v (vues 0131-0132), lettres données à Thouars, enregistrées à Aix le 26 janvier 1482.
Aussi dans Les châtelains d'Hyères (1257-1620)

février 1482Forbin tient sa cour à Hyères
Forbin ne reste pas à Aix. Sa tournée de prise en main commence à Hyères, d'où il date ses lettres le 7 février, se poursuit à Toulon le 21, où il attribue à un notaire la moitié des revenus de la cour du roi d'Hyères et confirme des pensions sur le trésorier de la ville, puis se termine dans son propre château de Solliès.
Acte primaire AD13, série B, registre B19 « Corona », f° 227 (vue 0457) : lettres données « sub datum in villa arearum », le 7 février 1482, présentées à Aix le lendemain. Inventaire Albanès, actes 1303 à 1327 ; Lambert, Histoire de Toulon, t. I.
début 1483Une enquête sur Forbin reste sans suite
La noblesse provençale se plaint de l'autorité absolue de Forbin et des morceaux du domaine royal qu'il distribue. Louis XI le suspend, confie le commandement à son gendre Glandevès, grand sénéchal de Provence, et envoie un enquêteur. L'enquête ne trouve rien. Forbin est rétabli dans sa charge à l'été.
Source secondaire Papon, t. IV.
30 août 1483Mort de Louis XI
Le roi qui avait nommé Palamède de Forbin gouverneur meurt quelques semaines après l'avoir blanchi.
Source secondaire Papon, t. IV.
fin 1483Forbin est destitué
La régence d'Anne de Beaujeu, qui gouverne au nom de son jeune frère Charles VIII et se méfie des fidélités lorraines en Provence, destitue Forbin du gouvernement et son gendre du grand sénéchalat. Il garde ses terres, son barrage et ses droits d'eau.
Source secondaire Papon, t. IV.
après 1483Solliès se révolte contre son seigneur
Retiré sur ses terres, Forbin fait payer sa disgrâce à ses propres vassaux : confiscations de propriétés sous prétexte de délit, mainmise sur l'élection des syndics, parts de forêt mises en réserve à son profit, procès dont il veut faire supporter les frais à la commune. Les habitants lui opposent le serment de 1469 et se révoltent. La querelle dure dix ans.
Source secondaire Société d'études de Draguignan, 1866. Transactions successives jusqu'en 1493.
1485-1486Toulon plaide contre Palamède de Forbin
Forbin a perdu le gouvernement de la Provence deux ans plus tôt. Il réclame à Toulon les lods et trézain, la taxe que le seigneur prélève sur chaque vente de terre, ici un treizième du prix. Les terres en cause sont à Solliès, mais leurs propriétaires sont des habitants de Toulon, et Toulon refuse de payer.
La ville a un argument écrit : un arbitrage de 1389, qui pose que les Toulonnais tiennent leurs biens « pure et franquo alodio », en toute franchise, sans lods ni trézain. Forbin, lui, invoque la coutume du lieu et le fait que le roi lui a cédé ses droits sur Solliès. Son avocat plaide que la ville doit d'abord payer, quitte à discuter ensuite du fond. L'avocat de Toulon, François Dalmas, répond qu'une coutume non écrite ne peut pas effacer une franchise accordée par le souverain.
Le procès dure presque deux ans devant les maîtres rationaux, les juges de la chambre des comptes d'Aix. Le 28 novembre 1486, ils donnent raison à Forbin sur ce premier point : la ville doit payer en attendant. Dix jours plus tard, les syndics de Toulon se rendent chez lui, à son logis, et proposent un arrangement : ils acceptent de payer sans renoncer à leur droit, et confient le fond de l'affaire à des amis communs choisis de part et d'autre. Le motif est écrit dans l'acte : ce seigneur qui leur fait un procès « est citoyen de Toulon ». Forbin accepte.
Acte primaire Archives départementales des Bouches-du-Rhône, B 1212, 35 vues : procédure ouverte le samedi 12 mars 1484 (soit 1485 dans le calendrier actuel, l'année ne commençant pas au 1er janvier) et close le 14 décembre 1486. L'arbitrage de 1389 et sa clause de franchise sont aux vues 0008 et 0009 (f° C. xvij v° - C. xix r°), l'ordonnance du 28 novembre 1486 à la vue 0031, le compromis du 8 décembre 1486 chez Forbin à la vue 0034 (f° C. xl v° - C. xlj r°). Albanès, Inventaire analytique des titres de la maison de Forbin, n° 372, arrête son résumé à la sentence et ignore l'arrangement final.
31 janvier 1487Pierre Natte et Louis Rodulphe s'associent pour agrandir le Béal
Jean Natte est mort après 1463, sans qu'on sache quand. C'est son fils Pierre Natte qui signe, dans une chambre donnant sur l'église Saint-Pierre, une convention de société avec Louis Rodulphe de Limans. Le noble paie : Louis Rodulphe fait bâtir à ses frais une écluse neuve en pierre et ciment sur le Gapeau, un nouveau béal qui descend de cette prise pour rejoindre le canal de 1458 (celui que l'acte appelle La Leuada, du nom du remblai qui le porte), un pont de pierre, et deux bâtiments capables d'abriter quatre moulins.
L'opération renforce l'activité de Pierre Natte sans le déposséder. Il garde en propre son moulin dans les murs de la ville, conserve la maîtrise technique (tout se fera « au lieu, dans le mode et la forme choisis et ordonnés par Natte »), ne prend aucun risque financier, et gagne un associé qui s'engage en plus à le défendre à ses frais dans tout procès sur les moulins. Louis Rodulphe avance l'argent, ne perçoit rien avant l'achèvement, puis prend la moitié des revenus et la moitié des charges.
Acte primaire Archives Municipales d'Hyères, DD29, en deux pièces : DD29-1, six vues, et DD29-2, neuf vues. Daté du 31 janvier 1486 : l'année ne commençait pas au 1er janvier, ce qui donne 1487 dans le calendrier actuel. L'acte réserve la ratification à Marguerite Natte, fille de Pierre. Denis ne comptera que trois moulins construits à la suite de cette convention, là où l'acte en programmait quatre neufs.
Aussi dans Le Baron d'Hyères et sa famille (1426-1576)
29 décembre 1487Le testament de Louis Rodulphe, seigneur de Limans
Louis Rodulphe, seigneur de Limans, fait son testament. Il meurt sans descendance directe. Ses droits sur le Béal passent à son frère Charles, puis de main en main jusqu'à son petit-neveu Honoré Rodulphe. Vers 1558, Honoré fait authentifier par le notaire François Bruny la convention originale de 1458, et c'est cette copie que conservent les archives d'Hyères. Hyères a conservé les deux noms dans sa toponymie : l'avenue Jean Natte et la rue de Limans, qui suit le tracé du béal intérieur.
Source secondaire Catalogue général des manuscrits, t. XXIX, fonds Cambis-Velleron, Avignon, MS 5424-5427, fol. 25. Connu par la seule notice de catalogue : l'original n'est pas reproduit.
Aussi dans Le Baron d'Hyères et sa famille (1426-1576)
11 mars 1504Les moulins du Béal tenus par les Rodulphe et les Natte
Un acte notarié passé à Hyères devant Antoine Giraudi montre le réseau en pleine exploitation. Charles Rodulphe, seigneur de Limans (le frère de Louis) et maître Pierre Natte (le fils de Jean) en sont ensemble les gubernatores, les gouverneurs. Un second Natte apparaît, Damien, qui tient les moulins en ferme : il les exploite contre une redevance. L'acte règle l'entrée d'un quatrième homme dans cette exploitation, le juriste Hugues Rizon, admis pour moitié « comme véritable associé, et non comme fermier », en contrepartie des améliorations qu'il prend à sa charge.
On y compte cinq moulins : sans doute un dans la ville, deux « au-dessus de la ville » et les deux du vieux moulin Premier, sur la route du Gapeau, qui entre dans la même ferme que les moulins du canal. Le notaire écrit en latin, mais les nomme en provençal : lo molin dol may, lo molin nou, lo molin permier, un autre appelé de bragueto. Le « moulin neuf » est l'un de ceux que le béal a permis de bâtir. Le bail court cinq ans à compter du 4 mars. Les dépenses (améliorations, réparations, entretien des béals de chaque moulin) se partagent par quart entre les quatre parties, et le produit se divise chaque samedi, moulin par moulin.
Acte primaire Archives départementales du Var, 3E 76/2, vues 008 à 011 (f° vj à viij v°), minutes d'Antoine Giraudi, notaire à Hyères. Acte inédit : il ne figure ni chez Denis (Hyères ancien et moderne, 4e éd. refondue par R. Chassinat [1882]), ni chez Maurel (1886), ni dans les dossiers DD de la communauté d'Hyères. Le nom dol may n'est pas assuré (les minimes autorisent aussi mieg, « du milieu »). La date est donnée par l'acte lui-même, qui se place sous Louis XII « roi de France, duc de Milan et de Gênes ».
Aussi dans Le Baron d'Hyères et sa famille (1426-1576)
1537 et 1555La ville rachète les deux tiers des moulins
Deux ventes font passer les deux tiers des moulins à la communauté d'Hyères. Pierre Natte, fils de Jean, lui cède la moitié qu'il possédait des moulins bâtis par son père et par lui. La ville achète ensuite à Catherine d'Anjou, agissant au nom de son époux François de Forbin (seigneur de Solliès), la portion issue de la succession des Rodulphe de Limans ainsi que les droits seigneuriaux attachés. Les deux familles qui ont bâti le canal s'en retirent ainsi l'une après l'autre.
Source secondaire Actes passés devant le notaire Raymond Bruny, à Hyères. Introuvables dès 1859, lorsque le paléographe Eugène de Ricard les cherche en vain dans le Cartularium Bruni. L'appariement des dates est contesté : Denis (éd. Chassinat [1882]) et Maurel (1886) donnent la vente Natte au 22 novembre 1537 et l'achat à Catherine d'Anjou au 18 septembre 1555. Les notes d'inventaire DD15 (XVIIIe s.) et le certificat Ricard (DD28) donnent les mêmes quantièmes et les mêmes millésimes appariés en sens inverse. Aucune des deux traditions n'a pu être contrôlée sur l'original.
10 novembre 1576Hyères rachète aux Rodulphe le dernier tiers du Béal
La communauté acquiert des frères Louis et Alexandre Rodulphe, seigneurs de Limans et de Saint-Paulet, la part qui restait à la famille : elle devient seule propriétaire du canal et de ses moulins. Les héritiers des Rodulphe n'y gardent qu'une rente de vingt-six charges de blé par an, encore versée en 1776.
Source secondaire Archives Municipales d'Hyères, DD30 ; Denis, éd. Chassinat [1882] ; Maurel, 1886. Les deux vendeurs sont les oncles paternels de Claude Rodulphe, institués ses héritiers substituts par testament du 17 avril 1573 (Pithon-Curt, t. III).
Aussi dans Le Baron d'Hyères et sa famille (1426-1576)




