La genèse du Béal, année par année (1427-1576)

Du château du Luc au rachat des moulins par la ville : la chronologie du canal, étape par étape, chacune indiquant sur quelle archive elle repose.

Incipit de la « grosse Bruny », copie authentique de la convention de 1458
Incipit de la « grosse Bruny », copie authentique de la convention de 1458. Archives Municipales d'Hyères, série DD16.

Enquête en cours : cet article évolue encore au fil des recherches en archives.

Un canal de neuf kilomètres ne naît pas d'un contrat. Il naît d'une famille bien placée, d'un ingénieur qu'on est allé chercher, d'un conseil de ville qui dit non, d'un roi qu'on va voir par-dessus le conseil, et d'un seigneur d'amont dont il faut l'accord.

Voici cette histoire, depuis le jour où Hyères demande au roi le droit de bâtir des moulins sur le Gapeau jusqu'à celui où la ville, un siècle plus tard, rachète le dernier tiers des moulins et devient seule maîtresse de l'ouvrage. Chaque étape reprend ses sources : certaines dates sortent directement des actes d'archives, d'autres des travaux d'un historien du XIXᵉ siècle appuyé sur des pièces aujourd'hui disparues, et d'autres enfin sont des estimations.

Couleur des pucesActe primaireSource secondaireHypothèse

  1. 23 novembre 1427Hyères demande le droit de bâtir des moulins sur le Gapeau

    La ville d'Hyères envoie deux syndics au roi Louis III avec un cahier d'une quarantaine d'articles. Le conseil du roi répond à chacun, en marge. La ville s'y décrit sans ménagement : « fort dépeuplée de ses gens » par les épidémies, écrasée par des redevances calculées sur une population qui n'existe plus, incapable de faire respecter sa justice.

    Un article demande l'autorisation d'édifier des moulins sur le fleuve et « ailleurs, où il paraîtra bon », d'y faire un port et de l'entretenir grâce à une taxe levée sur chaque barque qui y entrerait. Le texte nomme expressément le fleuve : flumen Gappelli, le Gapeau. Le même article explique pourquoi les bateaux viennent : pour charger, pour décharger, ou « pour se sauver et se défendre de leurs ennemis ». Les gens d'Hyères réclament d'ailleurs le droit de s'armer contre ceux qui pillent dans le fleuve, dans le port et sur le terroir, et de reprendre ce qui leur a été enlevé sans qu'aucun officier s'en mêle.

    Sur les moulins et le port, le roi ne tranche pas : il renvoie l'affaire à son frère le gouverneur et à son conseil, « pour qu'il y pourvoie comme il paraîtra utile et bon au bien de la chose publique ».

    Le cahier de doléances d'Hyères (1427)

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, Magna Regestra B10, vues 0460-0472, lettres du 23 novembre 1427 enregistrées à Aix le 15 mars suivant.

    Registre B10 : l'article des moulins et du port sur le Gapeau, suivi de la réponse du conseil royal
  2. 2 juin 1433Un officier du roi prend le château du Luc

    Pierre Rodulphe a passé les années précédentes au service angevin dans le royaume de Naples, où il tenait la ferme des poids et mesures de Calabre. C'est là qu'il porte pour la première fois le surnom qui ne le quittera plus : lou baroun, « le baron ». Il n'est seigneur d'aucune baronnie, et le surnom lui est attaché bien avant qu'il ne tienne le moindre fief. Le registre du conseil d'Arles l'inscrit viguier de la ville, c'est-à-dire juge royal, et dans la même ligne châtelain du château royal du Luc : il y garde la place pour le roi.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives communales d'Arles, BB2 (1433-1449), vue 11 : ouverture du premier conseil de l'année, « Primum Consilium de tempore », avec la mention marginale « Lo Baron ». Comptes CC2 pour la capitainerie du Luc, encore tenue en 1434. Le surnom est attesté sur lui dès le 7 octobre 1432, dans un don royal de 60 florins reçu à Cosenza (registre de la chancellerie angevine, f° 351).

    Registre du conseil d'Arles, 1433 : mention marginale « Lo Baron » en regard du premier conseil de l'année
  3. 15 avril 1438Un Rodulphe payé en sel

    Jean Rodulphe, frère de Pierre, tient alors le château d'Hyères après avoir tenu celui de Brégançon. Il a avancé de sa poche 34 florins de réparations à cette dernière forteresse. Le roi le rembourse en nature : le droit d'enlever pendant trois ans, sans payer la taxe, du sel du grenier d'Hyères.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B11, vue 0656. Lettres « Pro nobili Johanne Rodulphi », qui le disent ancien capitaine du château neuf de Brégançon. La fraternité des deux hommes n'est pas dans cet acte, elle est écrite dans les lettres royales de juillet 1440. Le sel s'enlève par mer, en quantités croissantes d'une année sur l'autre, sur la gabelle et le grenier d'Hyères.

  4. 17 juin 1438Le roi met le pacage d'Hyères en gage

    Le roi René doit mille ducats à Louis de Bournan, seigneur du Coudray, son conseiller, en dédommagement d'un office qu'il vient de lui reprendre. Le ducat est la monnaie d'or qui court alors dans toute la Méditerranée, et vaut à peu près le florin. Faute d'argent, le roi lui donne en gage « tous les droits de ramage, herbage et pâturage » du territoire d'Hyères. Mettre un bien en gage, pour un roi, c'est en abandonner les revenus à son créancier jusqu'au remboursement. La clause qui compte est ailleurs : ces revenus ne se déduisent pas de la dette. Bournan encaisse le pacage de la plaine et reste créancier de la totalité.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives Municipales d'Hyères, DD6-1, d'après l'original enregistré à Aix : AD13, série B, registre B11, f° 293-294 (vues 0635-0638). Lettres données au château de Capoue, près de Naples, enregistrées le 14 février 1439. La créance court encore en 1475 au profit du fils, Charles de Bournan, et n'est éteinte qu'en 1614.

  5. 20 juillet 1438Hyères charge le blé de l'expédition de Naples

    René part reprendre le royaume de Naples, que lui dispute Alphonse d'Aragon. Deux nefs génoises affrétées en Provence emportent derrière lui les vivres et l'artillerie. Le maître de l'hôtel du roi, l'officier qui gère sa maison, a réglé le chargement : c'est Balthasar Jarente, et la lettre par laquelle le roi le tient pour quitte de tout compte détaille le blé port par port.

    Le total embarqué est de 14 507 sestiers, le sestier étant la mesure à grains de Provence, soit environ trente-trois litres. Hyères en fournit 5 170, plus d'un tiers du blé : seul le chargement de Marseille est plus gros, celui de Fréjus est moindre. Cela représente à peu près 1 700 hectolitres, ou 130 tonnes, de quoi fournir le pain d'un millier d'hommes pendant huit mois.

    L'acte précise que ces 5 170 sestiers sont comptés « à la mesure de ladite ville d'Hyères ». Les mesures à grains diffèrent d'une ville à l'autre : le blé chargé à Marseille est compté à la mesure d'Arles, celui de Fréjus à la mesure de Fréjus, et celui d'Hyères à la sienne. Le sel qui accompagne le blé, 3 047 éminées, est compté à la mesure de Berre, celle des salins de l'étang.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B11, f° 273-273 v° (vues 0595-0596). Lettres données au Castel Capuano de Naples le 20 juillet 1438, souscrites « Rene » de la main du roi, enregistrées à Aix le 12 septembre suivant sur requête de Jarente. Les deux totaux portés au manuscrit (« quatuordecim milium quingentorum septem sextarior[um] » pour le blé, 3 047 éminées pour le sel) correspondent au détail port par port des deux nefs. Les hectolitres et les tonnes sont un ordre de grandeur, non une donnée de l'acte : la valeur retenue pour le sestier est celle relevée dans le Var par l'enquête ministérielle de 1798, et la ration de pain celle d'usage pour un homme, 700 grammes par jour. Les mesures d'Arles et de Berre, différentes, ne sont pas converties.

  6. 26 décembre 1439Le château d'Hyères et la gabelle du sel mis en gage

    Toujours à Naples, René recommence, avec un autre créancier et un autre bien. Il engage à Louis de Beauvau, l'un des officiers de sa maison, le château d'Hyères et la vieille gabelle du sel, cette fois contre 7 403 ducats. La gabelle, c'est le monopole royal sur le sel et l'impôt qui va avec. Le même acte révoque le châtelain : Jean Rodulphe est sommé de rendre la place.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B11, vues 0690-0693. Lettres données au Castel Capuano de Naples ; Beauvau prend possession par procuration trois jours plus tard, et l'exécutoire du conseil royal d'Aix, sur la vue 0693, est du 23 janvier 1440.

    Lettre du roi René engageant le château d'Hyères à Louis de Beauvau, initiale ornée du registre B11
  7. 26 avril 1440Jean Rodulphe remplace son frère à Brégançon

    Le lieutenant général du roi, à Aix, institue Jean Rodulphe châtelain du château neuf de Brégançon, la forteresse qui garde la côte à l'est de la rade d'Hyères. Il y remplace son frère Pierre Rodulphe, « naguère châtelain dudit château », que l'acte révoque expressément. Jean avait été écarté du château d'Hyères quatre mois plus tôt. Il retrouve à Brégançon la place qu'il tenait déjà avant 1438, et que son frère occupait depuis.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B13, vues 0161-0162 : « ammoto et penitus reuocato nobili petro Radulpho olim dicti Castri castellano ».

  8. 21 juillet 1440Jean Rodulphe tient Brégançon à vie

    Du Castel Nuovo de Naples, le roi René reprend l'acte d'Aix et va plus loin. Jean Rodulphe tiendra Brégançon à vie, comme châtelain et capitaine. Il y détient la justice haute et basse, le nombre accoutumé de compagnons, les droits des bois et de la pêche en mer. Ses gages, 500 florins pour lui et ses compagnons, sont assignés sur les salines de Tarascon.

    La lettre nomme le prédécesseur : « le noble Pierre Rodulphe, ton frère germain ». Elle dit aussi pourquoi Pierre quitte la place : il en est retiré parce qu'il est « appelé à d'autres services de notre curie » (la cour royale).

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B13, vues 0159-0161 : « Cassatis Castellanie et Capitanie predicte, dicto nobili petro Radulphi germano tuo … ipsius Castellano et Capitaneo castri predicti … ab eo ad alia curie nostre servitia revocato ». L'exécutoire du sénéchal Tanguy du Chastel, donné à Aix le 12 novembre 1441 (vues 0160-0161), porte « no[bili] petro Radulpho tuo germano ».

  9. Avril-mai 1444La viguerie d'Hyères devient vacante

    Dans la ville haute d'Hyères, une rue ne paie rien. La rue Franche court de la porte Saint-Jean au portail de la Souquette, et ses habitants sont exemptés de toute taxe depuis la reine Jeanne, à charge de tenir le guet et la garde des remparts. Le privilège a été confirmé en 1388, en 1399, en 1408, et ratifié par le roi René en janvier 1438. Les officiers de la cour royale d'Hyères imposent la rue quand même. Ils font jeter en prison, les fers aux pieds, un habitant nommé Jean Avignon, qui rachète sa liberté pour dix florins.

    La chambre des maîtres rationaux, la cour des comptes du comté de Provence, siège à Aix. Elle tranche en trois jours. Le 1er avril, elle ordonne de libérer Jean Avignon et de lui rendre les clés de sa maison. Le 3, elle écrit aux officiers qu'elle a reçu leur conduite « non pas avec plaisir, mais avec un très grand déplaisir », leur défend d'exiger les dix florins et leur ordonne d'envoyer à Aix la procédure entière, close et scellée.

    Le viguier Antoine Thomassi obéit et fait porter le dossier à Aix, sous sa signature et avec ses pleins titres. Trois semaines plus tard, un mandement d'Aix l'appelle « autrefois viguier d'Hyères » et lui ordonne de rendre à Jean Avignon la ceinture et l'épée qu'on lui avait prises. Le 9 mai, quand il vient s'exécuter, il remet les objets entre les mains du juge de la cour royale, que l'acte appelle « ledit juge et viguier » : le juge exerce les deux charges.

    L'affaire de la rue Franche

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, liasse B 1190, le dossier de procédure envoyé à Aix : mandement d'élargissement, vue 0010 (Aix, 1er avril 1444). Lettre de blâme « Non gratanter habuimus sed displicibiliter plurimum », vue 0040 (Aix, 3 avril). Notification au viguier en exercice, vue 0039 (6 avril). Lettre d'envoi du procès souscrite « ville Arearu[m] vicari[us] et capit[aneus] », vue 0057 (Hyères, 18(?) avril). Puis vues 0015 et 0016 (Aix, 6 et 9 mai 1444) : « nob[i]l[i] Anthonio Thomassii, olim vicario Arearum », et l'acte d'exécution devant le juge. La cause du départ n'est écrite nulle part : révocation, fin de mandat, retrait ou décès se lisent tous de la même façon dans un olim.

    Lettre du viguier d'Hyères aux maîtres rationaux, avril 1444, avec sa souscription
  10. Juin 1444Pierre Rodulphe reçoit le tribunal et la forteresse d'Hyères

    En dix jours, le même homme reçoit les deux. D'Angers, le 7 juin, le roi donne au baron la viguerie d'Hyères : il y exercera la justice royale, en alternance avec un autre officier dont le nom ne figure pas dans l'acte. La place était vacante depuis le début du mois de mai. Le 17 juin, d'un monastère près de Tours, René renouvelle le gage du château et de la gabelle du sel, et c'est Pierre Rodulphe qu'il institue châtelain, pour la durée du gage. Les deux lettres forment un seul dossier, enregistré ensemble à Aix.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B13, vues 0404-0414, un dossier suivi : vues 0412-0414 pour la viguerie « annis alternativis » (en années alternées, sans que l'autre titulaire soit nommé), vue 0410 pour l'institution du châtelain (« nobili viro petro rodulphi, alias le baron, scutiffero Regio »), vues 0404-0405 pour la confirmation notariée. Enregistrement à Aix en mars 1446 (nouveau style). Aucun acte ne rattache cette provision au blâme d'avril : les lettres de juin sont motivées par le crédit, une reprise de 8 000 florins sur la créance napolitaine de Beauvau, et ne portent aucune clause de service ni de sanction. Les actes ne disent jamais « Hyères » : ils écrivent le nom latin de la ville, Areae : « ville arearum ». L'Inventaire sommaire donne un autre châtelain, Antoine Thomas, dès 1449-1450 : la famille n'a pas tenu la place en continu. Sur le nom : les actes latins écrivent Rodulphi, les registres provençaux Ros ou Raoux, l'érudition récente Rodulf. Nous retenons Rodulphe, la forme de l'histoire locale imprimée depuis Denis.

    Registre B13 : institution de « petro Rodulphi alias le baron » comme châtelain, dernière ligne du folio
  11. 10 octobre 1448Pierre Rodulphe fait réparer les murs d'Hyères

    Les comptes du roi René portent une ligne brève : « réparations à Yères faictes par le baron ». Pierre Rodulphe ne se contente pas de tenir la place, il l'entretient, et se fait rembourser.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Lecoy de la Marche, Le roi René, pièces justificatives, doc. 387.

  12. 11 novembre 1448Pierre Rodulphe passe en revue les hommes de Toulon

    Toulon paie vingt-cinq florins au « noble et éminent homme Peyre Raols, dit le baron, châtelain du château royal d'Hyères et capitaine général des lieux maritimes de ce pays de Provence », pour les frais de sa venue. Il est là pour la montre, la revue des hommes en armes de la ville et de ses fortifications. Il cumule alors la garde d'une forteresse côtière et le commandement de la défense maritime du comté.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives municipales de Toulon, BB41, vue 277, page de gauche. Gustave Lambert attribuait cette revue et ces titres à Elion de Glandevès. Le manuscrit nomme Peyre Raols, forme provençale du nom que les actes latins écrivent Rodulphi. Son propre relevé du registre donnait pourtant l'acte à Pierre Roux : l'erreur est dans son récit, pas dans son dépouillement.

  13. 15 décembre 1448Au Luc, on décide de bâtir deux moulins

    Le conseil du Luc, gros bourg de la route de Draguignan, ordonne la construction de deux moulins sur les eaux de la communauté : un moulin à blé et un moulin à foulon, celui où l'on bat les draps de laine dans l'eau pour les feutrer. Une commission de maîtres est nommée pour estimer l'ouvrage. Le registre des délibérations s'interrompt deux mois plus tard, en février 1449, et ne reprend qu'en 1470.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives communales du Luc, BB1, f° 120 v°-121 r° (microfilm 1mi173, vue 0125).

    Registre des délibérations du Luc, décembre 1448 : liste des conseillers et ordonnance des deux moulins
  14. 30 avril 1449Pierre Rodulphe est fait commissaire du roi

    Un acte notarié passé à Trets cite « Pierre Roux, dit le Baron » comme capitaine général de la Marine en Provence et lui donne une seconde qualité : commissaire du roi. Il agit là aux côtés de Jean Le Silve, seigneur de Rivière et chambellan, en faveur de la communauté de Trets. Sa charge le mène désormais loin de la côte.

    Dix semaines plus tard, une lettre du roi dit de quelle commission il s'agit. À Tarascon, le 9 juillet, René s'adresse à ses deux commissaires députés à la réformation des châteaux féodaux, un maître rationnel de la grande cour et « Pierre Rodulf, dit le baron, capitaine de notre château ». Les deux hommes avaient saisi les châteaux de Guillaume de Rosset, trésorier général de Provence, en soutenant qu'il n'était pas né de noble lignage. Le roi casse leur procédure contre mille florins de dédommagement. La charge du baron est donc une commission domaniale : vérifier que les fiefs du comté ne sont pas tenus par des gens qui ne sont pas nobles.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire AD Var, E 816, f° 8 v°, protocole Malet, connu par un résumé d'inventaire, l'acte n'étant ni numérisé ni lu. AD13, série B, registre B14, f° xlvij-xlviij (vues 0099-0102) : « petro Rodulphi dicto le baron, capitaneo castri nostri … Commissariis deputatis a nobis super reformatione castrorum feudalium ». La capitainerie y est citée sans nom de lieu. La lettre est datée du 9 juillet, douzième indiction, an 1449, quinzième année du règne : les trois éléments concordent.

  15. 15 janvier 1450Cent florins prêtés à Toulon

    La ville de Toulon n'a plus de quoi payer ses créanciers et emprunte cent florins au baron. Le conseil oblige ses propres syndics sur leur personne pour garantir la dette, puis gèle la somme : pas un denier ne sera dépensé, sauf pour l'horloger de la ville et le guetteur du beffroi. C'est un emprunt de défense.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives municipales de Toulon, BB41, vues 326-327, délibérations des 15, 25 et 29 janvier 1450.

  16. 6 février 1450Quatorze galères catalanes s'apprêtent à passer

    Trois semaines après le prêt, le syndic Honorat Rodilhat porte au conseil de Toulon les ordres du baron, qu'il désigne ici comme « châtelain, seigneur et capitaine général de la marine » : le baron tient de source sûre que quatorze galères armées de Catalans s'apprêtent à faire le passage. La guerre de course entre l'Aragon et la Provence angevine fait de ce littoral une frontière, et du château d'Hyères une vigie.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives municipales de Toulon, BB41, vue 331 : « xiiij galeas armadas de catalans que devan far la passada ». Le chiffre aligne trois jambages brefs puis un j final, sous quatre tildes dont les deux derniers se chevauchent presque, ce qui le fait lire treize au premier coup d'œil. Le compte du trésorier, qui paie vingt florins au messager porteur de la nouvelle, porte le même chiffre, et le résumé du XIXe siècle aussi.

  17. 24 juin 1450Le prieuré de La Crau est disputé

    Le sénéchal, premier officier du comte en Provence, et Pierre Rodulphe écrivent à Toulon. À la réception de leurs lettres, le conseil défend de s'immiscer dans l'affaire pendante entre le chapitre de Toulon et le vicaire de Saint-Paul d'Hyères. L'enjeu est le prieuré de Notre-Dame de la Crau, c'est-à-dire les revenus de l'église et de ses terres. La Crau est déjà un terroir assez peuplé pour que deux institutions religieuses s'en disputent le produit.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives municipales de Toulon, BB41, vue 337, page de gauche. Le registre toulonnais écrit le nom à la provençale et le dit déjà sorti de charge : « Pierre Roux, autrefois le baron capitaine du château d'Hyères ».

    Délibération de Toulon du 24 juin 1450 nommant « lo baron capitany » et le prieuré de La Crau
  18. 1451-1457La peste revient sur une ville déjà vidée

    Le désastre démographique est ancien : la peste noire de 1348, puis un siècle de guerres et de retours d'épidémie, ont vidé la Provence. Le dénombrement des feux en donne la mesure, le feu étant l'unité fiscale de l'époque, à peu près un foyer. Hyères comptait 825 feux vers 1315, elle n'en compte plus que 314 en 1471. Pendant sept ans, Toulon et Hyères dressent des barrières, imposent des quarantaines et filtrent les voyageurs de part et d'autre. Hyères est alors une petite ville de quatorze cents à dix-huit cents habitants.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives municipales de Toulon, BB42, vue 8, page de gauche (f° 6v), pour les gardes aux portes de juillet 1451. L'accord de libre circulation passé avec Hyères en novembre suivant (f° 14v-15) n'est connu que par l'inventaire des délibérations et une transcription non collationnée. La peste revient encore en 1461 et 1464 (Toulon, GG 37, et l'exemption de cinq ans accordée alors à Toulon et à La Valette est enregistrée en AD13, série B, registre B15, f° 50v, vue 0114). Dénombrement des feux : Baratier, La démographie provençale, 1961.

  19. mai 1453Le roi part pour l'Italie

    Allié du duc de Milan et de Florence contre Venise, René prend la route de la Lombardie. Il fait l'aller par la côte ligure, et les actes le placent à Vintimille et à Port-Maurice, sur la route d'Albenga.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Lecoy de la Marche, itinéraire de René d'Anjou. AD13, série B, registre B14, f° cxxv-cxxvj (vues 0254-0257), lettres pour Antibes données « in ciuitate vintimiliensi » le 3 août 1453, le lieu et la date se lisant deux fois dans le dossier. Registre B18, f° 43.

  20. 8 août 1453René est reçu à Albenga

    Le roi passe par Albenga, cité de la Riviera génoise, qui lui ouvre ses portes et le loge. Pour une ville fortifiée, laisser entrer un prince étranger et sa suite en armes représente un engagement lourd : elle lui confie sa sécurité pour la durée du séjour et le nourrit à ses frais. En remerciement, il accorde à la cité le droit de commercer librement dans ses comtés de Provence et de Forcalquier, et la met à l'abri des représailles. Les représailles désignent le droit de saisir les biens de n'importe quel marchand d'une ville pour la dette d'un de ses compatriotes : en être dispensé permet de commercer sans craindre la saisie.

    Le privilège d'Albenga (1453)

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B14, f° cxxxix-cxl (vues 0279-0281). Le folio porte le millésime en toutes lettres, et l'itinéraire du roi le confirme. L'exécution et l'enregistrement en Provence suivent en février 1454, la dispense d'enregistrement hors délai étant sur la vue 0161.

  21. vers 1453-1455Un ingénieur ligure s'installe au Luc

    Jean Natte est originaire de cette côte ligure : les actes le disent génois, du diocèse d'Albenga, celui-là même que le roi vient de privilégier, et les actes montrent des Ligures partant pour la Provence à partir des années 1450. La date exacte de son installation au Luc n'est pas connue, et c'est malheureusement la période où les registres du bourg s'interrompent. Le Luc avait toutefois un chantier hydraulique en cours, les deux moulins votés en 1448. On l'a peut-être fait venir pour reprendre ce chantier en difficulté, et il y a peut-être gagné sa réputation. Aucun acte ne le nomme au Luc avant 1458.

    Sources et fiabilité

    Hypothèse Convention de 1458 (habitator loci de Luco) et lettres patentes de 1463 (« jannevoys », diocèse d'Albenga). Vague migratoire ligure : F. Barby, L'immigration ligure et le repeuplement de Marseille aux XVe-XVIe siècles, 2003. La date d'arrivée et le lien avec les moulins du Luc sont une hypothèse, non un fait attesté.

  22. 28 août 1454Le prieuré de La Crau devant la cour de Rome

    La querelle du « bénéfice de l'église de la Crau » a monté tous les degrés : elle se plaide désormais à Rome.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives municipales de Toulon, BB42, vue 9 (f° 8), vue 31 page de gauche (f° 29v) et vue 73 page de gauche (f° 71v).

  23. vers 1455Louis Rodulphe a l'idée de dériver le Gapeau

    Louis Rodulphe de Limans, fils de Pierre, a l'idée de dériver une partie du Gapeau depuis les confins de La Crau jusqu'à la ville par un béal (en provençal, un canal d'irrigation). Alphonse Denis, qui a publié une histoire d'Hyères en 1882, raconte que les frères Rodulphe, formés à l'art militaire, examinent, mesurent et nivellent le terrain eux-mêmes. Le frère qui le seconde est vraisemblablement Charles. Les premiers relevés de reconnaissance leur reviennent sans doute : choisir un terrain et le mesurer fait partie des savoirs nobles, hérités de l'art des sièges. Mais le tracé final descend de 2,34 mètres sur neuf kilomètres, soit deux millimètres et demi tous les dix mètres, et une pente pareille ne sort pas d'un coup d'œil sur le terrain. C'est la main de l'homme du métier, qu'ils vont chercher au Luc : maître Jean Natte.

    Sources et fiabilité

    Hypothèse Alphonse Denis, Hyères ancien et moderne, 1882, d'après un chroniqueur antérieur. Denis dit « les frères Rodulphe » sans les nommer. Les prénoms des fils viennent du testament de Pierre Rodulphe. Le dénivelé est relevé sur le tracé conservé (Tourtit, 2010). Aucun acte ne documente cette phase, et 1455 est une estimation. La désignation « de Limans » est anticipée : Louis Rodulphe n'acquiert la seigneurie de Limans qu'ultérieurement. Il est nommé ainsi ici par souci d'uniformité avec le reste de la chronologie.

  24. 30 mars 1456Toulon engage un jeune avocat marseillais

    Toulon, en procès avec son évêque, cherche un défenseur et choisit un jeune docteur en droit de Marseille : Palamède de Forbin. Il a vingt-trois ans et plaide pour les villes.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Archives municipales de Toulon, BB42, f° 102v, connu par l'inventaire des délibérations, la vue n'ayant pas été tirée.

  25. vers 1456-1458Le conseil de ville dit non

    Le plan du Béal est présenté à la communauté, qui le déclare inexécutable. La phrase est restée : le conseil se disait « bien assuré que la Communauté ne payerait jamais rien, parce que l'eau ne viendrait jamais ». Dans une ville de cette taille, après les années de peste, l'objection se défend. Loin de renoncer, Louis Rodulphe de Limans et Jean Natte s'adressent directement au roi René, qui donne son assentiment et ordonne à la ville de reconsidérer la proposition. Un nouveau conseil est convoqué, qui cette fois autorise les travaux.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Denis, 1882, citant les « mémoires du juge Mabille », manuscrit local jamais retrouvé.

  26. 27 décembre 1458La convention du Béal

    Au son de la cloche du soir, dans la grand-salle du viguier Bernard d'Abisse, trois syndics (les élus de la communauté) et une trentaine d'habitants s'engagent avec Jean Natte. Il creusera un canal large d'une canne au fond, près de deux mètres, et bâtira deux moulins à blé au moins. Il a deux ans pour le faire, à compter du 1ᵉʳ mars suivant. La ville paiera 2 000 florins en cinq versements et fournira quatre journées de travail obligatoire par maison habitée. En échange, l'ingénieur et ses héritiers gardent le monopole des moulins, et il se paie aussi sur le grain : un vingt-cinquième de tout ce qu'il moud.

    Convention du Béal d'Hyères (1458)

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives Municipales d'Hyères, série DD n° 16, pièce DD16-1, huit vues. Le texte n'est connu que par la grosse qu'en tira le notaire François Bruny un siècle plus tard, sur les registres de feu Jacques Giraudi, le notaire qui avait reçu l'acte, et à la requête d'Honoré Rodulphe, seigneur de Limans. Une copie notariale de 1859 forme la pièce DD16-2, en dix-huit vues.

  27. 1ᵉʳ-2 février 1459Le capitaine d'Hyères siège au conseil du roi

    À Aix, Pierre Rodulphe assiste à la prise de possession officielle des biens de la reine Jeanne de Laval. L'acte l'y inscrit « petro Radulphi als lobaron, Regij consiliarij » : conseiller du roi. C'est la première fois qu'un acte royal lui donne ce titre. Jusque-là, la chancellerie ne le qualifiait que de commissaire, délégué à une mission précise sans appartenir au conseil permanent.

    Sa position y est solide. Ce jour-là, le roi donne à son épouse, sa vie durant, les revenus de la grande tracte du sel, le droit levé sur le sel qui sort des salins et des greniers. La donation annule les rentes que d'autres officiers prélevaient sur ce revenu, et celle du châtelain de Toulon sera supprimée trois mois plus tard. Une seule est expressément préservée : celle de Pierre Rodulphe, que l'acte qualifie de « capitaine de notre château d'Hyères ».

    Huit mois plus tard, à Marseille, la formule d'une exemption décrit la scène : le roi commande « de sa propre bouche », entouré de l'évêque de Toulon et de ses conseillers, parmi lesquels figure le baron. Rodulphe ne sollicite donc pas la cour à distance comme un officier de province : il siège dans la pièce où se prennent les décisions.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B14, f° ccxxiij v°-ccxxiiij v° (vues 0452-0454) pour la donation et l'investiture, présentées à la Chambre des comptes le 20 février. La séance de Marseille du 29 octobre 1459 est au f° cclxij (vues 0531-0532), où la clause de commandement nomme, avec lui, Jean du Plessis dit le Borgne et Charles de Castellane, seigneur d'Albagne. Les nobiliaires (Robert de Briançon, 1693 ; Denis, 1882) le disent « conseiller et chambellan du roi René » d'après des lettres du 1ᵉʳ avril 1441 : le conseiller se vérifie ici, dix-huit ans plus tard. Le chambellan n'est attesté par aucun acte.

  28. 31 mars 1459L'accord avec le seigneur de Solliès

    La convention de décembre n'était qu'un accord sous condition suspensive : sans l'autorisation du seigneur de Solliès, elle demeurait « tenue pour nulle et non avenue ». Hyères l'obtient de Louis de Beauvau, devenu sénéchal de Provence, celui-là même à qui René avait engagé le château d'Hyères vingt ans plus tôt. Maître de Solliès et du Gapeau en amont, il autorise la ville à prélever l'eau sous l'écluse des Abrassières (un barrage déjà existant), à la conduire à travers ses terres et à bâtir son propre ouvrage. Cette autorisation déclenche véritablement les travaux.

    L'accord comporte une contrepartie directe pour les villageois d'amont, signalée par l'inventaire des archives de Solliès mais passée sous silence par Denis : les habitants de Solliès pourront traverser le territoire d'Hyères pour exporter leur vin par mer. Le seigneur d'amont cède l'eau, et sa communauté obtient en échange la route du port.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Denis, 1882, qui a encore vu l'acte : il en donne la date et la teneur. La pièce ne figure plus dans l'inventaire des archives d'Hyères et n'a pas été retrouvée. Elle a en revanche sa cote à Solliès : les feuillets d'inventaire de Mireur la décrivent deux fois, sous DD 10 et sous HH 3, comme un cahier de sept feuillets de papier, deux exemplaires du même acte classés dans deux séries. C'est de cette notice que vient la clause du vin. Beauvau est seigneur de Solliès avant 1458. Aucune pièce ne donne la date de son entrée.

  29. novembre 1459 - janvier 1460La cour du roi passe l'hiver à Toulon

    Le roi et la reine arrivent à Toulon le 18 novembre et y restent jusqu'au 11 janvier. La cour y tient ses quartiers huit semaines. Six semaines plus tôt, le fils du roi, Jean de Calabre, a quitté Gênes avec quinze bâtiments pour aller reprendre Naples. René est malade et hors d'état d'embarquer. Il vient se poster au plus près de son port de guerre.

    La ville préparait cette venue depuis la fin septembre. Son conseil vote pour la reine Jeanne de Laval, qui vient pour la première fois, cinquante florins « enfermés dans une bourse » et donnés afin qu'elle « prenne, à l'occasion, les intérêts de la ville ». On installe des râteliers dans les écuries des particuliers pour loger les chevaux de la suite royale.

    Le 30 décembre, la chancellerie, qui suit le roi partout, expédie de Toulon une faveur qui regarde Hyères. Le roi exempte d'impôt Pierre Rodulphe, capitaine de la forteresse d'Hyères, lui et ses héritiers, à perpétuité, sur ses biens jusqu'à quatre mille livres de valeur. La grâce est faite « tant pour ses propres mérites que pour ceux de ses prédécesseurs, en services continuels rendus de longue date ». Les autres habitants n'en paient pas un denier de plus : ce que Rodulphe cesse de devoir, l'acte le retranche du total dû par la ville. La perte est pour le trésor royal.

    À une vingtaine de kilomètres de là, le creusement avance depuis huit mois. Un canal suivant le relief se nivelle sur toute sa longueur avant les premiers coups de pioche, et la corvée répartit les habitants par tronçons. Le tracé forme alors une longue tranchée de terre fraîche sur plus de neuf kilomètres, coupant le chemin de Toulon à Hyères. Si aucun acte ne mentionne une visite du roi à Hyères cet hiver-là, un chantier de cette ampleur dans la plaine de La Crau ne pouvait passer inaperçu.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B14, f° cclvj-cclvij (vues 0518-0520), pour l'exemption : les clauses finales sont souscrites en janvier 1460 par Jeanne de Laval, puis enregistrées à la Chambre des comptes d'Aix. Le toponyme, longtemps illisible, se lit arearum : l'acte est bien hyérois. La clause fiscale finale fait elle-même le calcul : elle pose le tarif de conversion (« quas certa calculando vjc lxvj libr[e] constituunt unum forum », six cent soixante-six livres pour un feu), ramène les quatre mille livres à ce tarif (« dictas quatuor [milia] libras proporcionabiliter Redu[cend]as ad contribucionem et solucionem Jn tallijs »), et retranche le résultat de l'assiette de la ville : six feux « ex nonaginta tribus foris ad quos dicta villa Reperit[ur] taxata », six sur quatre-vingt-treize. Le verbe est celui de la remise, « exhoneramus et Relaxamus », annoncé deux lignes plus haut par « exempcionem et exhoneracionem facimus » et repris par les clauses de janvier 1460 sous la forme « exhonerauit et Relaxauit » et « pro exoneracione dicte ville ». Ces quatre-vingt-treize feux sont ceux que l'exemption des frères de la Tour donnera dix-huit mois plus tard, et où la chancellerie écrira la règle en toutes lettres : l'exemption « cedat nostre oneri non autem dicte vniuersitati arearum », elle tombe à la charge du roi et non de la communauté d'Hyères. Une seule lecture reste incertaine dans ce bloc : le mot qui nomme le registre d'où les feux sont tirés. Le corps de l'acte, lui, n'est pas collationné. Les dates du séjour viennent de l'itinéraire du roi René dressé par Lecoy de la Marche (1875, t. II, p. 460) d'après les registres de chancellerie, et recoupent les délibérations de Toulon. Le présent à la reine et les préparatifs sont votés au conseil du 30 septembre 1459 (Archives municipales de Toulon, BB42, vue 192, f° 190v-191). L'Inventaire sommaire datait cette séance du 7 septembre, le manuscrit porte le dernier jour du mois. Gustave Lambert, qui a publié cette venue dans son Histoire de Toulon (1887), la plaçait en septembre, faute d'avoir croisé l'itinéraire du roi, et donnait cent florins dans une bourse de soie là où l'inventaire des délibérations en compte cinquante : la divergence n'est pas tranchée. Aucune pièce ne place le roi à Hyères en 1459. Que René « vint assez souvent visiter Hyères » et y logea trois fois chez les Clapiers est rapporté par Denis (1882) d'après une enquête de noblesse, sans date. L'avancement du chantier est une estimation : le terrassement du canal et de la levée de prise est évalué à environ 12 500 journées d'homme, ce qui met le 18 novembre 1459 entre un cinquième et deux cinquièmes du total. Le travail par tronçons se déduit du nivellement préalable de toute la ligne et de la corvée de quatre journées par feu levée sur les 314 feux d'Hyères. Le franchissement de la route de Toulon par le Béal est donné par Aufauvre (1864) et par le cadastre de 1626.

    Registre B14 : rubrique « Pro egregio viro petro Rodulphi dicto le baron » et incipit des lettres d'exemption
  30. vers 1461L'échéance du contrat

    Les deux ans du contrat s'achèvent : le canal devait être livré vers mars 1461. Aucune pièce ne dit s'il l'a été, ni quand.

    Sources et fiabilité

    Hypothèse Déduction tirée du contrat de 1458.

  31. mars 1461Le roi perd Gênes

    Depuis 1458, les Angevins tenaient Gênes, et le roi René y avait sa base navale. En mars 1461, une révolte chasse les Français. Le roi perd son port de galères en Italie, et doit en chercher un sur la côte provençale.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Contexte géopolitique général.

  32. 18 mai 1462Fréjus se taxe pour un canal dérivé de l'Argens

    Le roi autorise Fréjus à lever un « bon denier », une taxe sur le blé, les barques et les marchandises, destinée « au rétablissement de l'ancien port et à la construction d'un canal dérivé de l'Argens ». L'initiative est municipale : Fréjus se taxe elle-même dix mois avant d'aller demander au roi une dispense d'impôt.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Archives communales de Fréjus, notice AA1 (inventaire Mireur) : le régeste d'un parchemin de René confirmant le privilège accordé « par précédentes lettres du 18 mai 1462 et 2 février 1473 ». Le régeste ne mentionne aucun marché passé : le marché n'apparaît que dans les deux actes de mars 1463.

  33. 6 juillet 1462Mort de Louis de Beauvau

    Le seigneur qui avait laissé Hyères puiser dans le Gapeau meurt. Solliès passe à Jean de Beauvau. Le roi apprend la vacance et redistribue aussitôt les revenus rattachés à sa charge : trois cents florins par an que le sénéchal prenait sur les gabelles du sel d'Hyères passent à un autre officier de sa maison, puis la gabelle entière est donnée à la reine Jeanne de Laval, sa vie durant. Ce qui avait été mis en gage vingt-trois ans plus tôt revient ainsi au domaine royal.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Le jour est donné par l'acte de réattribution de la pension, trois mois plus tard : « a commencer du jour que mondit feu seneschal trespassa, qui fut le vje jour de Juillet » (AD13, série B, registre B15, f° 100, vue 0213, Angers, 24 octobre 1462). La ratification de la reine est au f° 100v-101 (vues 0214-0215), et la capitainerie du château de Toulon, vacante par la même mort, est redonnée le 30 octobre (f° 95v, vue 0204). Le registre se contredit sur le prénom du défunt : la vue 0213 écrit « Jehan de Beauuau », la vue 0204 « Loys seigneur de Beauvau ». La forme correcte est Louis, et l'acte de 0213 est expédié en présence du sénéchal d'Anjou, Jean de Beauvau. L'acte de vente de 1468 dit Jean fils et héritier de Louis, là où l'érudition locale du XIXe siècle en fait son frère. Bulletin de la Société d'études de Draguignan, 1866 ; Inventaire Albanès.

  34. 11 mars 1463Fréjus veut refaire son port

    René exempte Fréjus et Saint-Raphaël d'impôt pour treize ans. Les syndics et habitants exposent qu'ils ont « prinse deliberacion et conclud de faire reparer et adrener le port » (l'adrener, c'est le curer, en tirer l'eau et la vase), « en maniere que grans fustes de galees et aultres vesseaulx de mer y porront doresenavant seurement ester et demourer sanz dangier ne dommaige » : un port où les galères puissent demeurer, pas un simple mouillage. Et « de ce ont fait marchande » : le marché est déjà passé. Ils ne peuvent en payer la « grant somme de deniers », « actendu les aultres grans charges et despences » : ils doivent dans le même temps faire faire « murs et fossez ». L'acte ne dit pas comment on draguera, et ne nomme pas l'Argens : le moyen technique, dériver la rivière, n'apparaît que dans les lettres de Natte, cinq jours plus tard.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B15, vues 0231-0232. Lettres données à Angers, enregistrées à Aix le 23 mai 1463. Le parchemin porte « 1462 » : l'année ne commençait pas au 1er janvier mais à Pâques, et ce mars 1462 est notre mars 1463. La note d'enregistrement, elle, est datée en clair de 1463.

    Registre B15 : lettres de René exemptant Fréjus pour la réparation de son port, mars 1463
  35. 16 mars 1463Le roi récompense Jean Natte

    Cinq jours après Fréjus, et par le même conseil, le roi signe des lettres patentes, une décision publique opposable à tous. Elles qualifient Natte de « jannevoys », génois, et le dispensent d'impôt à perpétuité dans toute la Provence, lui et ses cinq frères : Baptiste, André, Menfrin, Laurent et Vincent. On ne récompense ainsi qu'un ouvrage fini : le Béal coulait. L'acte dit ce qu'on récompense : « par son engin, art et industrie », Natte a fait venir l'eau « de troys lieues loing » jusqu'à une ville « en lieu sec, en coste de montaigne », chose « qui estoit comme impossible a faire ». Le texte indique aussi que c'est Natte qui a « de fait marchandé » de faire passer l'Argens par Fréjus pour y bâtir le port à galères. Les lettres ajoutent que Natte proposait d'amener ses frères et parents « pour semblablement demeurer » en Provence, avec ses enfants et son ménage. Pour que la faveur ne retombe pas sur les habitants d'Hyères, « qui sont tres povres », le roi retranche un feu du total imposable de la ville. Le manque à gagner est pour le trésor royal.

    L'exemption du roi René (1463)

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B15, f° 111-112 (vues 0235-0237), et Archives Municipales d'Hyères, série DD n° 17. L'Inventaire sommaire cote l'acte f° 110. Lettres données à Angers, exécutées par le sénéchal à Marseille le 15 avril 1463, puis présentées par Natte lui-même au greffe royal d'Aix le 20 juin. Le parchemin porte « 1462 », comme celui de Fréjus : même style de Pâques.

  36. 23 juillet 1464Pierre Rodulphe commissaire à la réforme de la justice

    De Tarascon, René nomme Pierre Rodulphe commissaire à la réforme de la justice, aux côtés du sénéchal, et lui confie un litige sur les baux du seigneur du Luc, ces locations de terre consenties pour un siècle ou plus, « au Luc et à Hyères ».

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B14, f° xliij-xliiij (vues 0091-0093), la date se lisant sur la vue 0093. Instrument notarié consécutif à Avignon le même jour. La liste des commissaires, sur la vue 0091, est à encre lavée et quasi illisible : elle n'est pas citée ici mot à mot.

    Registre B14 : clause de date « Datum in castro nostro tharasconis », 23 juillet 1464
  37. août 1464Hyères passe à Jean Cossa

    Cinq semaines plus tard, de son château de Louppy en Barrois, René donne « sa vie durant » le gouvernement du château et de la ville d'Hyères à son lieutenant général en Provence, Jean Cossa, comte de Troia, un Napolitain qu'il appelle son compère. Cossa n'ira pas tenir la place : les lettres lui donnent le pouvoir d'y nommer lui-même clavaire (trésorier), capitaine et châtelain.

    L'acte rappelle qui exerçait la charge avant lui, et il le nomme à la napolitaine : pietro Ruffi dicto lo baron, « ton prédécesseur ». Les deux mots qui suivent le nom se lisent quondam dum vixit, « feu, de son vivant ». Si cette lecture tient, Pierre Rodulphe est mort entre le 23 juillet, où le roi l'emploie encore, et la fin d'août 1464 : le roi redistribue une place que la mort vient de libérer.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B15, f° 152v-153 (vues 0318-0319). Le millésime est tenu pour sûr : les pièces du même envoi (provisions de lieutenant général du 12 octobre, gages du 14 octobre) portent 1464 en toutes lettres. Le quantième d'août reste incertain (26 ou 27). La clause dum vixit, elle, reste incertaine : les deux mots sont abrégés et l'acte n'emploie pas la formule pleine de décès habituelle à cette chancellerie. Aucune pièce ne donne la date de la mort de Pierre Rodulphe.

  38. 21 mars 1467Le testament de Pierre Rodulphe

    Veuf, Pierre Rodulphe se dit « châtelain de la forteresse royale » d'Hyères et fils de feu noble Maurice Rodulphe. Il institue héritier universel son fils Louis, celui qui avait lancé le projet du canal, et choisit sa sépulture chez les frères mineurs (les franciscains) d'Hyères, auprès de sa première épouse Pollixène d'Abisse. Il laisse aussi dix-huit florins aux moniales du monastère du Fenouillet, pour faire une cheminée dans leur dortoir.

    La date pose problème. Si les lettres de Cossa disent bien Pierre mort en août 1464, on ne peut pas faire son testament en 1467, et le millésime le plus proche qui s'accorde avec tout le reste est le 21 mars 1464. Cet acte est l'unique pièce présentant Pierre Rodulphe vivant après juillet 1464, et ce document n'est connu que par une copie tardive du XVIIᵉ siècle.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Ms. 3424 fol. 13-24, conservé par Avignon Bibliothèques (Ville d'Avignon) – Institut Calvet. Ce n'est pas l'original de 1466 mais un extrait notarié délivré à Tarascon en 1622, collationné et signé par le notaire royal Antoine Rouge : le copiste a abrégé les clauses de style et sauté des feuillets, dont les legs aux filles et au fils cadet. L'acte est daté du 21 mars 1466 : l'année commençait le 25 mars, ce qui donne le 21 mars 1467 pour nous. Le millésime est net sur la copie, et le style y est nommé par l'acte lui-même. C'est sa cohérence avec le reste du dossier qui fait défaut. Le copiste de 1622 écrit déjà quadragentesimo pour quadringentesimo et n'a pas reporté le quantième lunaire, qui aurait permis de contrôler l'année par le calcul. En 1464, sexagesimo tertio aurait été lu sexagesimo sexto : hypothèse de travail, à trancher sur l'original ou sur un autre témoin de l'acte, ou en datant les témoins nommés au testament. Le silence du testament ne suffit pas à écarter la tradition généalogique sur la charge de chambellan, qui la rapporte à des lettres du 1er avril 1441 : ces lettres n'ont pas été retrouvées, et les dépouillements restent négatifs.

    Première page du testament de Pierre Rodulphe : « In nomine Domini nostri Jesu Christi Amen »Ms. 3424 fol. 13-24, Avignon Bibliothèques (Ville d'Avignon) – Institut Calvet
  39. 16 septembre 1468Forbin achète Solliès

    Palamède de Forbin rachète tous les droits sur Solliès pour 13 000 florins à Jean de Beauvau. René confirme le même jour, et confirme aussi, à la demande des habitants inquiets, tous les privilèges et libertés de la commune.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B15, f° 229 (vues 0471-0473) : vente passée à Avignon devant le juge ordinaire Jean Bussay, notaire G. Raymeau. Inventaire Albanès, actes 746 et 747. L'acte cède avec la seigneurie les pâturages, moulins et fours de la vallée, et jusqu'aux maisons et droits que les Beauvau tenaient à Toulon. Le frère de Palamède, Jean de Forbin, prend possession du château le 22 octobre, Palamède étant retenu au service du prince.

  40. 18-24 février 1469L'inventaire de la seigneurie de Solliès

    Devant la Chambre des comptes d'Aix, qui tient les comptes du comté et juge les affaires du domaine, Forbin fait dénombrer sa seigneurie. La liste, rédigée en provençal, dit tout ce que tient un seigneur de la vallée : la haute et la basse justice, le pouvoir du glaive, le droit de condamner à mort, les fours et les moulins où les habitants sont tenus d'aller, les péages, et les taxes sur chaque vente de terre.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B15, f° 233-233 v° (vues 0479-0480). Présenté à l'archive royale d'Aix le 24 février 1469 par Jean de Forbin, procureur de son frère Palamède, après ordonnance du 18 février.

  41. 20 avril 1469Le serment prêté sur la place du château de Solliès

    Sur la place de Solliès, devant les syndics et une foule d'habitants, Jean de Forbin, frère de Palamède, prête serment sur les Évangiles au nom de celui-ci : il maintiendra les privilèges, statuts et libertés de la communauté. Solliès relevait autrefois directement du domaine royal et ses bourgeois n'ont rien oublié.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Archives communales de Solliès, AA 2, décrites par la Société d'études de Draguignan, 1866.

  42. 8 août 1470Forbin devient le premier magistrat de Provence

    René fait de Forbin le grand président de la Chambre des comptes, autrement dit le premier magistrat du comté. Ses gages passent de quatre cents à six cents florins, à charge pour lui de résider en Provence. Les maîtres des comptes enregistrent la lettre en protestant : ils y voient une atteinte aux prérogatives anciennes de leur cour.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B16, f° 76v-77v (vues 0154-0156) : lettres données au palais d'Aix « le viije jour daoust lan mil iiijc lxx », lues sur la vue 0156. La protestation des maîtres rationaux est en tête du dossier, sur la vue 0154. Elles rappellent elles-mêmes que Forbin avait déjà été fait l'un des présidents, aux gages de quatre cents florins, par des lettres antérieures, qui ne sont pas conservées dans le registre. La date de mars 1469 que donne parfois l'historiographie se rapporte vraisemblablement à cette première nomination : les deux dates ne se contredisent pas.

    Registre B16 : protestation des maîtres rationaux enregistrée à la suite des lettres de grand président
  43. vers 1473Le canal de Fréjus est abandonné

    Le grand canal de l'Argens à Fréjus, commandé en 1462, ne verra jamais le jour. « Par suite du peu de diligence des habitants à exécuter ce projet », le roi concède la taxe à l'un de ses chambellans, Charles Pierre. La ville proteste, et le chambellan finit par lui abandonner la taxe.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Archives communales de Fréjus, notice AA1 (confirmation par lettres de René en 1476).

  44. 21 janvier 1474Forbin achète Porquerolles

    René confirme l'achat de Porquerolles par Forbin. L'île lui vient des héritiers de Jean Tressemanes, avec un ensemble de biens payé 700 florins, un peu plus du tiers de ce que la ville avait dépensé pour son canal. Le roi lui donne l'île « en juridiction, bois, pêcheries, ports », et charge son grand sénéchal d'en recevoir l'hommage. Solliès au nord, Porquerolles au sud : Forbin possède des terres des deux côtés de la juridiction d'Hyères.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B16 « Pavo », vues 0459-0460 (f° 229). Lettres données à Saint-Maximin, enregistrées à Aix le 1er février 1474. L'acte vend la prévôté de l'île, et les 700 florins paient tout le lot de biens, dont l'île n'est qu'une part : l'Inventaire Albanès (acte 752) résume l'un et l'autre en « la seigneurie de l'île […] pour la somme de 700 florins ». Les sources secondaires qui datent Porquerolles de 1471 visent une donation antérieure de René, que le corpus n'a pas retrouvée sur pièce.

    Registre B16 : les lettres de René confirmant l'achat de la prévôté de l'île de Porquerolles par Palamède de Forbin
  45. 28 janvier 1474Forbin prête hommage pour Porquerolles

    À Aix, une semaine plus tard, Forbin prête pour Porquerolles l'hommage-lige, la forme la plus contraignante du serment féodal : à genoux, les mains jointes, il jure fidélité sur les évangiles. Celui qui reçoit le serment est le grand sénéchal Jean Cossa.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B17, f° 14 (vues 0032-0033) ; Inventaire Albanès, acte 882. Notaire Pierre Tenci de Simiane. C'est l'hommage que les lettres du 21 janvier ordonnaient au grand sénéchal de recevoir.

    Registre B17 : rubrique de l'hommage de Palamède de Forbin pour l'île de Porquerolles
  46. 22 juillet 1474Le testament de René irrite Louis XI

    Le roi René a soixante-cinq ans et n'a plus d'héritier direct. Il lègue l'Anjou et la Provence à son neveu Charles du Maine. Louis XI, qui comptait sur l'Anjou pour la couronne de France, le prend mal et fait occuper militairement le duché. La succession de Provence devient une affaire française.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Matz, biographie de René d'Anjou ; Papon, Histoire générale de Provence.

  47. vers 1475Le Béal s'assèche

    Forbin fait bâtir ou surélever une écluse de pierre sur le Gapeau, en amont de la prise d'Hyères, et élargit son propre canal pour arroser ses terres. En aval, le Béal se vide. La ville porte l'affaire devant la haute justice provinciale à Aix (dont Forbin est devenu, en 1470, le premier magistrat) et obtient des injonctions. Forbin les déclare « nulles et inciviles », c'est-à-dire sans valeur en droit, et accuse Hyères d'avoir elle-même déplacé son écluse.

    Sources et fiabilité

    Hypothèse Archives Municipales d'Hyères, liasse DD18, neuf vues. Aucun acte ne date l'écluse : la date est approximative, tirée d'un moulin construit en 1475, et la borne basse est la transaction du 10 avril 1477.

  48. mars 1476René perd ses alliés

    Deux coups en un mois. Charles le Téméraire est battu à Grandson, et René se retrouve sans allié bourguignon. Puis Louis XI paie la rançon de Marguerite d'Anjou, fille du roi captive en Angleterre, contre sa renonciation à tout droit sur l'Anjou et la Provence. L'armée de Louis XI se déploie aux portes du comté.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Papon, Histoire générale de Provence.

  49. 25 mai 1476Lyon : René capitule

    Acculé, le roi René gagne Lyon et promet secrètement la Provence à la France après sa mort. L'acte est contresigné par Palamède de Forbin. Forbin est à la fois le signataire de l'accord avec la France et le président de la cour devant laquelle Hyères plaide contre son barrage.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Papon ; Matz ; Inventaire Albanès.

  50. 10 avril 1477La transaction avec Forbin

    Hyères abandonne ses procédures et négocie. Forbin garde son barrage et ses droits d'irrigation illimités. La ville, elle, ne récupère plus que l'eau de drainage des prés, et sa prise reste cantonnée en aval de l'écluse seigneuriale. Elle verse en outre 100 florins d'or, officiellement pour les frais de justice. La communauté garde une porte de sortie : elle peut se dégager dans les dix ans, et la convention sera alors « comme non avenue, nulle et de nul effet ».

    Accord Palamède de Forbin (1477)

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives Municipales d'Hyères, liasse DD18, neuf vues.

  51. 27 juillet 1477Toulon obtient dix ans sans impôt pour ses travaux d'eau

    D'Avignon, le roi René exempte Toulon de tailles et de subsides pour dix ans. La ville est « en lieu limitrophe et maritime », harcelée par les incursions et dépendante du grain qui lui vient par mer. La moitié des fonds ainsi libérés ira aux réparations de la ville, l'autre à l'aménagement du Plan de la Garde et à l'amenée des eaux. Un second acte ratifie l'accord passé entre Jean de Glandevès, seigneur de La Garde, et Toulon, qui associe La Garde, La Farlède et La Valette au chantier. Le Plan de la Garde est la cuvette de l'Eygoutier, dont la source est à La Crau.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, Magna Regestra B18 « Aquila », f° 38 (vues 0093-0094). Lettres données à Avignon le 27 juillet 1477, enregistrées le 2 février 1478. Le résumé imprimé du registre ne signale pas cet acte.

  52. 31 juillet 1477Le conseil de Toulon organise la ville contre la peste

    Le registre de Toulon porte une entrée qui fait froid dans le dos. La peste est là. Le blé manque. Le barbier Guillaume de Savanelle est engagé pour soigner ceux qui tomberont malades (les barbiers assuraient un rôle de médecin et chirurgien), d'ici à la Saint-Michel (l'automne). Deux hommes sont recrutés pour ensevelir les morts, et le fermier des rèves (la taxe sur les denrées) demande à être dédommagé de ce que l'épidémie lui fait perdre. Et le registre s'arrête là. Le bas du feuillet est resté blanc. La séance suivante au verso est datée du 6 juin 1482.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives municipales de Toulon, série BB, registre BB 43, f° 38v-42 (vue 0014), séance du 31 juillet 1477, syndics Pierre Fornier notaire et Pierre Valserre. Le texte porte « considerata maxima pesto et epidimia », la peste et l'épidémie étant très grandes, puis « ordinaverunt Retinere magistrum Guillelmum de Savanella barberium ad causam medicandi personas que in futurum infirmabunturhinc ad festum beati Michaelis » : le barbier est retenu pour soigner ceux qui tomberont malades, jusqu'à la Saint-Michel. Le résumé imprimé du registre (Inventaire sommaire) ajoute les deux ensevelisseurs et la réclamation du fermier des rèves, et donne au soignant le nom de Claireval, là où le manuscrit porte Savanella. L'interruption tient au registre lui-même et se voit sur le feuillet : le texte de 1477 s'arrête au milieu du recto du folio 42, et la reprise de juin 1482 est au verso de ce même feuillet (vue 0015). La foliation à l'encre saute par ailleurs de 38 à 42 entre les deux pages de la vue 0014, ce qui concerne le début de la séance de 1477, non l'interruption.

    Registre BB 43 de Toulon : ouverture de la séance du 31 juillet 1477
  53. 4 février 1478Le château d'Hyères passe à un homme du roi

    Philibert d'Estainville, maître d'hôtel du roi, jure « de bien et loyaument garder et faire garder le chasteau et forteresse d'Yeres », de ne le remettre à personne sans lettres du roi et de le rendre à première réquisition. Un parchemin de cinq lignes, scellé de ses armes et signé de sa main. La place avait déjà changé plusieurs fois de mains depuis Pierre Rodulphe, sans que la famille la tienne en continu. Elle est désormais tenue par des officiers venus du dehors.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, chartes de la Tour du Trésor, liasse B 698, vue 0005 (original) et vue 0004 (dos d'archivage). Le parchemin ne porte pas de date : elle vient du dos, « 1477 . 4e feb », en style de l'Annonciation. La liasse, dont les quatre pièces courent de février au 18 avril 1478, est classée 1478. Denis (1882) reprend le millésime du dos sans le convertir et date le serment de 1477. Il le dit en outre prêté « en présence de nombreux témoins », alors que l'original n'en nomme aucun.

  54. mai 1479Hyères se dit ruinée par la peste et obtient une dispense d'impôt

    La ville d'Hyères s'adresse au roi René. Elle demande qu'on décharge ses habitants « vsque ad numerum quadraginta persone », jusqu'au nombre de quarante personnes, qui « sunt et Remanserunt … vsque ad presens egrotantes », sont et sont demeurées malades jusqu'à ce jour, au bord de la misère, « tempore pestiffero », au temps de la peste. Elle doit quarante-quatre mille florins, dont elle n'a versé que quatorze mille. René l'affranchit de toutes les tailles, dons et subsides.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, Magna Regestra B18 « Aquila », f° 98 (vues 0217-0218) : lettres données à Aix le 14 mai 1479, présentées à la chambre des comptes le 15. L'acte n'exprime pas de durée pour la franchise. Le nombre d'années porté à la clause de paiement au trésor reste indécis sur le registre.

    Registre B18 : la supplique d'Hyères, « usque ad numerum quadraginta »
  55. 1479Forbin élimine son dernier rival à Solliès

    Un quart de la seigneurie de Solliès appartenait encore au commandeur de Saint-Jean de Jérusalem. La communauté lui fait un procès jusqu'à la cour de Rome, Forbin la soutient, et René leur donne raison à tous deux. Forbin reste seul seigneur de Solliès.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Société d'études de Draguignan, 1866.

  56. 10 juillet 1480Mort du roi René

    Le prince qui avait forcé la main du conseil de ville en 1458, et récompensé Natte en 1463, meurt à Aix. Son autorité comtale ne pesait plus rien depuis l'accord de Lyon.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Papon ; Société d'études de Draguignan, 1866.

  57. fin 1481La Provence devient française

    Charles du Maine, successeur de René, ne lui a survécu qu'un an. Louis XI recueille le comté.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Papon, Histoire générale de Provence.

  58. 19 décembre 1481Forbin gouverneur de Provence et vicomte de Martigues

    De Thouars, Louis XI institue Forbin lieutenant et gouverneur général des comtés de Provence et de Forcalquier, avec le pouvoir de prendre possession du pays en son nom, de recevoir serments et hommages, et de pourvoir à tous les offices. Le même envoi lui donne la vicomté de Martigues, en récompense des services rendus « près et alentour de notre personne ». Louis XI n'a pas encore mis le pied dans son nouveau comté. Forbin y est le maître.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B19 « Corona » : les lettres de gouvernement aux vues 0143 à 0146, la donation de Martigues aux vues 0146-0147. Les deux portent « le xixe jour de decembre », lu sur les vues 0145 et 0147. Enregistrées à Aix les 6-7 et 8 février 1482. L'inventaire Albanès donne le 29 décembre, là où le manuscrit donne le 19 ; Gustave Lambert le lisait déjà ainsi.

  59. 26 janvier 1482La forteresse d'Hyères au fils de Forbin

    Du même envoi de Thouars sort une troisième lettre : Louis XI donne à Nicolas Forbin, fils de Palamède, « l'office de capitainerie, garde et châtellenie de notre ville et château d'Yères », mille florins de gages, « par la forme et manière que les avait feu Jean Cossa ». L'acte précise que c'est le père, lieutenant général du roi, qui a recommandé le fils. La forteresse qui domine la plaine appartient désormais à la famille qui tient l'amont du Gapeau.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B19 « Corona », f° 65 r-v (vues 0131-0132), enregistré à Aix le 26 janvier 1482.

    Registre B19 : lettres de Louis XI donnant à Nicolas Forbin la capitainerie du château d'Hyères
  60. février 1482Forbin tient sa cour à Hyères

    Forbin ne reste pas à Aix. Sa tournée de prise en main commence à Hyères, d'où il date ses lettres le 7 février, se poursuit à Toulon le 21, où il attribue à un notaire la moitié des revenus de la cour du roi d'Hyères et confirme des pensions sur le trésorier de la ville, puis se termine dans son propre château de Solliès.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire AD13, série B, registre B19 « Corona », f° 227 (vue 0457) : lettres données « sub datum in villa arearum », le 7 février 1482, présentées à Aix le lendemain. Inventaire Albanès, actes 1303 à 1327 ; Lambert, Histoire de Toulon, t. I.

  61. début 1483Une enquête sur Forbin reste sans suite

    La noblesse provençale se plaint de l'autorité absolue de Forbin et des morceaux du domaine royal qu'il distribue. Louis XI le suspend, confie le commandement à son gendre Glandevès, grand sénéchal de Provence, et envoie un enquêteur. L'enquête ne trouve rien. Forbin est rétabli dans sa charge à l'été.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Papon, t. IV.

  62. 30 août 1483Mort de Louis XI

    Le roi qui avait nommé Palamède de Forbin gouverneur meurt quelques semaines après l'avoir blanchi.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Papon, t. IV.

  63. fin 1483Forbin est destitué

    La régence d'Anne de Beaujeu, qui gouverne au nom de son jeune frère Charles VIII et se méfie des fidélités lorraines en Provence, destitue Forbin du gouvernement et son gendre du grand sénéchalat. Il garde ses terres, son barrage et ses droits d'eau.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Papon, t. IV.

  64. après 1483Solliès se révolte contre son seigneur

    Retiré sur ses terres, Forbin fait payer sa disgrâce à ses propres vassaux : confiscations de propriétés sous prétexte de délit, mainmise sur l'élection des syndics, parts de forêt mises en réserve à son profit, procès dont il veut faire supporter les frais à la commune. Les habitants lui opposent le serment de 1469 et se révoltent. La querelle dure dix ans.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Société d'études de Draguignan, 1866. Transactions successives jusqu'en 1493.

  65. 1485-1486Toulon plaide contre Palamède de Forbin

    Forbin a perdu le gouvernement de la Provence deux ans plus tôt. Il réclame à Toulon les lods et trézain, la taxe que le seigneur prélève sur chaque vente de terre, ici un treizième du prix. Les terres en cause sont à Solliès, mais leurs propriétaires sont des habitants de Toulon, et Toulon refuse de payer.

    La ville a un argument écrit : un arbitrage de 1389, où il est dit que les Toulonnais tiennent leurs biens « pure et franquo alodio », en toute franchise, sans lods ni trézain. Forbin, lui, invoque la coutume du lieu et le fait que le roi lui a cédé ses droits sur Solliès. Son avocat plaide que la ville doit d'abord payer, quitte à discuter ensuite du fond. L'avocat de Toulon, François Dalmas, répond qu'une coutume non écrite ne peut pas effacer une franchise accordée par le souverain.

    Le procès dure presque deux ans devant les maîtres rationaux, les juges de la chambre des comptes d'Aix. Le 28 novembre 1486, ils donnent raison à Forbin sur ce premier point : la ville doit payer en attendant. Dix jours plus tard, les syndics de Toulon se rendent chez lui, à son logis, et proposent un arrangement : ils acceptent de payer sans renoncer à leur droit, et confient le fond de l'affaire à des amis communs choisis de part et d'autre. Le motif est écrit dans l'acte : ce seigneur qui leur fait un procès « est citoyen de Toulon ». Forbin accepte.

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives départementales des Bouches-du-Rhône, B 1212, 35 vues : procédure ouverte le samedi 12 mars 1484 (soit 1485 pour nous, l'année ne commençant pas au 1er janvier) et close le 14 décembre 1486. L'arbitrage de 1389 et sa clause de franchise sont aux vues 0008 et 0009 (f° C. xvij v° - C. xix r°), l'ordonnance du 28 novembre 1486 à la vue 0031, le compromis du 8 décembre 1486 chez Forbin à la vue 0034 (f° C. xl v° - C. xlj r°). Vingt vues sont transcrites, quinze seulement parcourues. Le latin des plaidoiries reste incertain par endroits. Albanès, Inventaire analytique des titres de la maison de Forbin, n° 372, arrête son résumé à la sentence et ignore l'arrangement final.

  66. 31 janvier 1487Les fils s'associent pour agrandir le réseau

    Jean Natte est mort entre-temps, après 1463, sans qu'on sache quand. C'est son fils Pierre Natte qui signe, dans une chambre donnant sur l'église Saint-Pierre, une convention de société avec Louis Rodulphe de Limans. Cette fois, le noble paie : Louis Rodulphe fait bâtir à ses frais une écluse neuve en pierre et ciment sur le Gapeau, un nouveau béal qui descend de cette prise pour rejoindre le canal de 1458 (celui que l'acte appelle La Leuada, du nom du remblai qui le porte), un pont de pierre, et deux bâtiments capables d'abriter quatre moulins.

    L'opération renforce l'activité de Pierre Natte sans le déposséder. Il garde en propre son moulin dans les murs de la ville, conserve la maîtrise technique (tout se fera « au lieu, dans le mode et la forme choisis et ordonnés par Natte »), ne prend aucun risque financier, et gagne un associé qui s'engage en plus à le défendre à ses frais dans tout procès sur les moulins. Louis Rodulphe avance l'argent, ne perçoit rien avant l'achèvement, puis prend la moitié des revenus et la moitié des charges.

    L'acte de société des moulins (1487)

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives Municipales d'Hyères, DD29, en deux pièces : DD29-1, six vues, et DD29-2, neuf vues. Daté du 31 janvier 1486 : l'année ne commençait pas au 1ᵉʳ janvier, ce qui donne 1487 pour nous. L'acte réserve la ratification à Marguerite Natte, fille de Pierre. Denis ne comptera que trois moulins construits à la suite de cette convention, là où l'acte en programmait quatre neufs.

  67. 29 décembre 1487Le testament du seigneur de Limans

    L'homme qui avait lancé le projet vers 1455 rédige son testament l'année même où il finance l'agrandissement du réseau. Il meurt sans descendance directe. Ses droits passent à son frère Charles, puis de main en main jusqu'à son petit-neveu Honoré Rodulphe. Vers 1558, Honoré fait authentifier par le notaire François Bruny la convention originale de 1458, permettant à cette copie de parvenir jusqu'à nous. Hyères a conservé les deux noms dans sa toponymie : l'avenue Jean Natte et la rue de Limans, qui suit le tracé du béal intérieur.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Catalogue général des manuscrits, t. XXIX, fonds Cambis-Velleron, Avignon, MS 5424-5427, fol. 25. Connu par la seule notice de catalogue : l'original n'est pas reproduit.

  68. 11 mars 1504Cinq moulins tenus par les mêmes familles

    Un acte notarié passé à Hyères devant Antoine Giraudi montre le réseau en pleine exploitation. Charles Rodulphe, seigneur de Limans (le frère de Louis) et maître Pierre Natte (le fils de Jean) en sont ensemble les gubernatores, les gouverneurs. Un second Natte apparaît, Damien, qui tient les moulins en ferme : il les exploite contre une redevance. L'acte règle l'entrée d'un quatrième homme dans cette exploitation, le juriste Hugues Rizon, admis pour moitié « comme véritable associé, et non comme fermier », en contrepartie des améliorations qu'il prend à sa charge.

    On y compte cinq moulins de part et d'autre d'Hyères, deux en amont de la ville, les trois autres en aval. Le notaire écrit en latin, mais les nomme en provençal : lo molin dol may, lo molin nou, un autre dit de bragueto. Le « moulin neuf » correspond vraisemblablement à l'un de ceux établis dans l'enceinte urbaine. Le bail court cinq ans à compter du 4 mars. Les dépenses (améliorations, réparations, entretien des béals de chaque moulin) se partagent par quart entre les quatre parties, et le produit se divise chaque samedi, moulin par moulin.

    La société des cinq moulins (1504)

    Sources et fiabilité

    Acte primaire Archives départementales du Var, 3E 76/2, vues 008 à 011 (f° vj à viij v°), minutes d'Antoine Giraudi, notaire à Hyères. Acte inédit : il ne figure ni chez Denis (1882), ni chez Maurel (1886), ni dans les dossiers DD de la communauté d'Hyères. Le nom dol may n'est pas assuré (les minimes autorisent aussi mieg, « du milieu »), et les patronymes des témoins restent indécis. La date est donnée par l'acte lui-même, qui se place sous Louis XII « roi de France, duc de Milan et de Gênes ».

  69. 1537 et 1555La ville rachète les deux tiers des moulins

    Deux ventes font passer les deux tiers des moulins à la communauté d'Hyères. Pierre Natte, fils de Jean, lui cède la moitié qu'il possédait des moulins bâtis par son père et par lui. La ville achète ensuite à Catherine d'Anjou, agissant au nom de son époux François de Forbin (seigneur de Solliès), la portion issue de la succession des Rodulphe de Limans ainsi que les droits seigneuriaux attachés. Les deux familles qui ont bâti le canal s'en retirent ainsi l'une après l'autre.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Actes passés devant le notaire Raymond Bruny, à Hyères. Introuvables dès 1859, lorsque le paléographe Eugène de Ricard les cherche en vain dans le Cartularium Bruni. L'appariement des dates est contesté : Denis (1882) et Maurel (1886) donnent la vente Natte au 22 novembre 1537 et l'achat à Catherine d'Anjou au 18 septembre 1555. Les notes d'inventaire DD15 (XVIIIe s.) et le certificat Ricard (DD28) donnent les mêmes quantièmes et les mêmes millésimes appariés en sens inverse. Aucune des deux traditions n'a pu être contrôlée sur l'original.

  70. 10 novembre 1576La ville rachète le dernier tiers

    La communauté acquiert des frères Louis et Alexandre Rodulphe, seigneurs de Limans et de Saint-Paulet, la part qui restait à la famille : elle devient seule propriétaire du canal et de ses moulins, cent dix-huit ans après la convention passée avec Jean Natte. Les héritiers des Rodulphe n'y gardent qu'une rente de vingt-six charges de blé par an, qui leur sera encore versée en 1776.

    Sources et fiabilité

    Source secondaire Archives Municipales d'Hyères, DD30 ; Denis, 1882 ; Maurel, 1886. Les deux vendeurs sont les oncles paternels de Claude de Rodulf, institués ses héritiers substituts par testament du 17 avril 1573 (Pithon-Curt, t. III).

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